Paléoblog

Avatar Le Paleoblog
par Le Paleoblog, mardi 19 janvier 2038, 03:14
Gratuit

 

Ce blog a pour objectif de vous faire partager les découvertes, les coups de cœur et les astuces de deux paléographes professionnels passionnés par leur métier.

Si vous aimez l’histoire, la généalogie, la paléographie, n’hésitez à parcourir régulièrement ce blog !


 

[ Modifié: mardi 29 mai 2018, 14:21 ]
 
Gratuit

L'incendie de Troyes en 1524 a peu fait l'objet d'études, malgré son retentissement considérable à l'époque. On retient essentiellement ce qu'en dit le local Nicolas Pithou ou l'avocat Nicolas Versoris. Celui-ci appartient à une famille parisienne connue qui a donné plusieurs hommes de loi au Parlement et au Châtelet. Professionnellement, il suit donc les traces de son père, Guillaume. Malgré une fortune somme toute modeste, il est soldat de la garde bourgeoise et fait habituellement son service à la porte Saint-Germain. Attaché au roi, on comprend son intérêt pour les questions de sécurité publique, dans le livre de raison qu'il rédige au quotidien.
Ces auteurs sont les principales sources sur le sujet, mais la découverte d'une autre mention dans une Chronique parisienne apporte un nouvel éclairage. Et pour cause, ces deux écrits d'auteurs parisiens sont très proches et appartiennent au champ du for privé. Il s'agit donc de documents produits en dehors d'un cadre institutionnel et témoignant d'une prise de parole personnelle.

Si l'un des manuscrits est conservé aux archives du Vatican et l'autre se trouve à la Bibliothèque nationale de France, ils témoignent tous deux de ce qui se disait à la capitale au moment des faits, au sujet d'un incendie qui s'est déroulé à plus de 150 km de là. Si les deux récits sont rédigés à peu de distance des évènements, sans travail de réécriture spécifique, il est difficile de déterminer les sources mobilisées par chacun des auteurs. Probablement se fondent-ils essentiellement sur les rumeurs qui bruissent dans les rues parisiennes. 

Pour ces deux auteurs, les faits sont lointains. Ils peuvent même être contradictoires au sein d'un même récit. Le 24 mai 1524, alors que les beaux jours sont là et qu'il peut régner une certaine chaleur, le feu éclate. Le chroniqueur parisien considère que l'affaire commence "après 
minuyt", mais le troyens Nicolas Pithou atteste plutôt de 22 heures. On sait que l'incendie se propage rapidement depuis la maison d'un apothicaire et ravage d'abord le cœur commerçant de la ville (quartiers de Croncels, de Saint-Jean et du Beffroy). Les deux parisiens s'accordent pour considérer que l'incendie est d'importance, ravageant un tiers de la ville ou "quinze cens maisons", auxquelles s'ajoutent "cinq ou six esglises" (dont partiellement celle de Saint-Jean-au-Marché, et totalement pour Saint-Pantaléon et Saint-Nicolas). Versoris se risque même à une estimation allant jusqu'à "ung million d'or" perdu, en bâtiments, biens et marchandises. Ce qui est intéressant ici, c'est que – pour les deux auteurs – le traitement des faits est vite expédié. Pour eux, cela n'a d'importance qu'à travers les répercussions de l'incendie de Troyes dans la capitale. Ce qui compte, c'est qu'il s'agit d'incendiaires, appelés boutefeux, et que l'acte est criminel. Versoris ne s'en cache pourtant pas : il s'agit d'informations d'une fiabilité douteuse. Il l'exprime clairement à travers la formule "l'on dict et est certain que c'estoit feu gregois". L'expression est ici clairement un oxymore, c'est-à-dire l'association de deux notions contraires.

Ainsi, on est au cœur de la "rumeur", terme qui apparaît en langue française au XIIIe siècle. Durant l'époque médiévale et encore au XVIe siècle, il est peu employé et est principalement assimilé au "bruit qui court". L'information qui emprunte des voies informelles et populaires. À cette époque, on préfère la notion de "bruit public" qui peut concerner le peuple ou un groupe social plus déterminé. Ces expressions sont impalpables et difficiles à cerner pour l'historien. La principale difficulté consiste à comprendre ce phénomène oral à partir de sources écrites. Le chroniqueur parisien, par exemple, ne s'aventure pas en conjectures sur les causes de l'incendie, mais cherche un responsable lorsqu'il considère que "la commune renommée estoit que Monsr de Bourbon avoit ce fait faire". La renommée est alors l'opinion d'une "grant quantité de gens" au sujet d'un individu. Il faut bien prendre en compte la portée de cette expression puisque cela évoque explicitement la réputation, notion capitale durant l'époque moderne.
Pour l'opinion commune, Charles III de Bourbon (1490-1527) est un suspect commode. Connétable de France jusqu'à l'année précédente, il vient de fuir auprès de Charles Quint qui le nomme lieutenant-général. Humilié et pourchassé, alors que ses terres sont rattachées au royaume, il vient tout juste de remporter la bataille de la Sesia du 30 avril et prépare l'invasion de la Provence.  
De plus, le chroniqueur parisien semble donner raison à la thèse criminelle en insistant sur la durée extraordinaire de l'incendie (deux jours et deux nuits). En soulignant qu'il prend à plusieurs endroits simultanément, l'acte malveillant est donc signé. Nicolas Versoris, comme souligné ci-dessus, évoque la piste du feu grégeois et ce n'est pas un hasard. Employé au Moyen Âge par les Byzantins pour les combats navals, il a l'avantage certain de résister à l'eau. Pourtant d'autres informations de l'époque font état d'un feu tombé du ciel, ce qui pourrait évoquer un orage comme il en existe tant en cette saison. Les éléments contradictoires s'accumulent, les hommes du temps ne font pas nécessairement le tri et les incohérences apparentes sont noyées dans le feu de la plume. Et pour cause, ce qui retient l'attention d'un parisien c'est bien que la majorité se persuade que des incendiaires sont à la solde des Flamands et des Anglais.

En 1524, le royaume de France est engagé dans la Sixième guerre d'Italie qui l'oppose à la monarchie espagnole, au royaume d'Angleterre et au Saint-Empire, aux côtés de leurs alliés de la République de Venise. Ce conflit met en jeu les prétentions de François Ier en Italie, dans les Flandres et en Artois. En somme, comme pour l'accusation à l'encontre de Charles III de Bourbon, il s'agit de désigner l'ennemi de l'extérieur et sa cinquième colonne à l'intérieur des frontières. Pour les deux auteurs parisiens, vous l'aurez compris, ce qui compte ce n'est pas tant l'incendie de Troyes, que ses répercussions à Paris. Ainsi, immédiatement des suspects sont arrêtés dans la plus grande confusion, afin "de sçavoir toute vérité".
Suivant une logique proche de celle de l'incendie de Tonnerre en 1553, on suspecte même un complot, avec des boutefeux prétendument chargés d'incendier les plus grandes villes du royaume. Les choses s'emballent et chacun confesse des centaines de complices. À Paris, on croit même savoir que les incendiaires sont déjà entre les murs. La peur s'empare des rues alors qu'on découvre des "croix rouges et noires bourguignonnes" aux portes d'entrées de maisons, le premier juin soit à peine une semaine après l'incendie. Pour les auteurs de la capitale, l'enjeu est bien là : les bourgeois en armes sont mobilisés la nuit et les portes de la ville sont fermées. C'est dans ce contexte d'inquiétude qu'on "envoya querir pour le interrogé" un vieil homme que le chroniqueur juge comme "le plus lait villain que jamais homme vit". Si on cherche à démêler les faits par voie judiciaire, l'objectif est également de procéder à des exécutions, comme dans le cas du jeune couple. Également qualifiées de "plus laides creatures que l’on eut peu regarder" par le chroniqueur, la condamnation à être brûlés vifs vise à rassurer par une démonstration de force. L'objectif pour le pouvoir est de montrer et de donner à voir sa victoire sur le crime. Symboliquement, on applique le bûcher quand le crime exige une purification extrême et l'élimination totalement du corps du coupable. Cela correspond aussi à la tendance classique d'imposer une sanction analogue au crime perpétré dans de nombreux tribunaux d'Ancien Régime.

Dans le microcosme d'une société urbaine du XVIe siècle, il faut aussi intégrer que cette crainte de l'incendie volontaire ne peut être qu'au centre des préoccupations des autorités et des chroniqueurs de Paris ou d'ailleurs. Jamais anodin, les dégâts sont souvent importants et pas seulement pour les propriétaires ou les locataires de maisons incendiées, mais aussi pour l'ensemble de la communauté.
Depuis le Moyen Âge, il est difficile d'éteindre des incendies en ville et cela demeure une problématique longtemps encore, comme en témoigne le Grand incendie de Londres en 1666 qui ravage plus de 13 000 maisons, 87 églises paroissiales, la cathédrale Saint-Paul et la Cité. Pour porter l'eau, le plus souvent on ne dispose que de seaux et de cruches afin de s'attaquer aux flammes. Des chiffons humides peuvent être placés au bout de perches tendues pour ralentir le feu, mais le plus souvent la solution réside dans l'abattement de murs et de maisons. Avec la peste et les maladies, l'incendie reste un risque contre lequel on peine à se prémunir efficacement. C'est sans doute ce qui explique cette explosion de rumeurs et de nouvelles dans un contexte de conflits internationaux exacerbés. On assimile donc, dans un même mouvement, conspirateurs, empoisonneurs, assassins et incendiaires ce qui forme un cocktail inflammable dont les auteurs d'écrits privés se font l'écho.

Baptiste ETIENNE

Transcription :
« (Des bouttefeux de Troys) L’an mil V
c XXIIII, le mardi XXIIII jour de may audict an,
il y eut plusieurs maraulx de la ville de Troys qui après
minuyt mirent le feu dedans ladicte ville. Lequel feu dura par
l’espace de deux jours et deux nuytz et fut brulé plus de
la tierce partye de la ville et furent brulez lesdictz maraulx en
plusieurs lieux et y avoit desdictz maraulx tel qui n’avoit
que huit ans et, toutesfoys, furent brulez tous vifz. Entre
aultres, fut amenée une femme à Paris, avecques ung jeune garson,
environ de l’aage de quinze ans, lequel l’on disoit estre le fiencé
à ladicte femme qui furent brulez tous vifz en la Place Maubert,
le samedi (rayé : X) IIe jour de juillet audict an et disoit l'en que c’estoient
les deux plus laides creatures que l’on eut peu regarder
et icelle année le mardi XXVe jour d’octobre fut brulé tout
vif en la Place de Greve ung vielz homme des boutefeux dudict
Troys. Lequel avoit esté mys au feu à Troys, mais la court l’envoya
querir pour le interrogé et estoit le plus lait villain que jamais
homme vit et la commune renommée estoit que Monsr de
Bourbon avoit ce fait faire. »

Références :
BnF, Français 17527, Chronique parisienne
Gustave Fagniez (éd.), Livre de raison de Me Nicolas Versoris, avocat au Parlement de Paris (1519-1530), Paris : imprimerie Daupeley-Gouverneur, 1885, p. 47-51
Amédée Salmon (éd.), Philippe de Beaumanoir – Coutumes de Beauvaisis, vol. 2, Paris : Alphonse Picard et fils, éditeurs, 1900, p. 419
Pierre-Eugène Leroy, Chronique de Troyes et de la Champagne durant les guerres de Religion (1524-1594), 3 vol., Reims : Presses Universitaires de Reims, 1998-2000

Christiane de Craecker-Dussart, « La rumeur : une source d'informations que l'historien ne peut négliger. À propos d'un recueil récent », dans Le Moyen Âge, n° 1, 2012, p. 169-176
Simon Dagenais, La circulation de l'information en France pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle vue par les diaristes parisiens et toulousains Barbier, Hardy et Barthès, Mémoire de maîtrise, Université de Québec, Montréal, 2010
Catherine Denys, « Ce que la lutte contre l'incendie nous apprend de la police urbaine au XVIIIe siècle », Orages, Littérature et culture (1760-1830), Association Orages, 2011, p. 17-36
Séverine Fargette, « Rumeurs, propagande et opinion publique au temps de la guerre civile (1407-1420) », Le Moyen Âge, n° 2, 2007, p. 309-334
Claude Gauvard, « Rumeur et stéréotypes à la fin du Moyen Âge », dans La circulation des nouvelles au Moyen Âge, Paris : Éditions de la Sorbonne, 1994, p. 157-177
Nicole Gonthier, « À tout crime, un châtiment », dans Le châtiment du crime au Moyen Âge (XIIe-XVIIe siècle), Rennes : Presses universitaires de Rennes, 1998, p. 111-172 
Didier Le Fur, « La colère de Dieu », dans François Ier, Paris : Perrin, 2015, p. 321-332
François Vion-Delphin et François Lassus (dir.), Les hommes et le feu de l'Antiquité à nos jours – Du feu mythique et bienfaiteur au feu dévastateur, Besançon : Presses universitaires de Franche-Comté, 2003

"Les écrits du for privé de la fin du Moyen Âge à 1914", Groupe de recherches de l'Université de Paris-Sorbonne dirigé par Jean-Pierre Bardet et François-Joseph Ruggiu, ANR-CNRS, n° 2649 (en ligne
[ Modifié: vendredi 30 avril 2021, 18:13 ]
 
Avatar Le Paleoblog
par Le Paleoblog, samedi 13 mars 2021, 22:34
Gratuit

Les archives ne sont pas qu'un ramassis de vieux papiers poussiéreux, comme en témoigne cette copie manuscrite du XVIIIe siècle de l'énigmatique Carte de Tendre, d'auteur inconnu mais issu des papiers des familles Castelain-Mahieu et actuellement conservée au service Patrimoine de la Médiathèque Jean Lévy à Lille (Ms C5). Inventée probablement par plusieurs personnalités au XVIIe siècle, cette carte est une représentation allégorique de la vie amoureuse, telle qu'elle est perçue par le mouvement des Précieuses. Elle s'accompagne d'un texte – reproduit intégralement dans sa version d'époque – qui varie d'une version à une autre. Celui-ci évoque une vision de la tendresse et des sentiments, sans forcément d'imprégnation à connotation religieuse et gardant certaines distances avec la dimension salace... en mettant en avant que la seule passion acceptable est celle des "nobles sentiments que l'homme peut éprouver". 
Par l'allégorie, visible dès la première lecture, la carte ordonne et hiérarchise les rapports humains d'un point de vue subjectif. Toutefois, lorsqu'on analyse ce type de document, il faut garder à l'esprit que la pure amitié et l'amour platonique n'étaient pas nécessairement un idéal partagé par toutes les précieuses. En outre, au cours du temps, la carte a été abondamment critiquée pour sa dimension allégorique qui s'éloigne d'une approche classique et sur le fond par les auteurs libertins. Tant et si bien que, pour se protéger des critiques, Madeleine de Scudéry (1607-1701), souvent considérée comme à l'origine de cette représentation, a préféré en réduire la portée puisqu'elle déclara que la Carte de Tendre n'est que le fruit d'une demi-heure d'attention.

De quoi laisser libre cours à notre réflexion sur nos relations sociales actuelles, plus de deux siècles plus tard... et pour cause, le Siècle des Lumières marque un tournant remarquable dans l'expression des sentiments. Si les décennies précédentes avaient valorisé la figure idéale d'un amour vertueux, le bouillonnement intellectuel du XVIIIe siècle apporte une critique de la figure amoureuse et un enrichissement du concept. Connue comme l'époque où le libertinage est perçu comme un idéal, ce texte – par bien des aspects  fait preuve d'un certain conservatisme et d'un raidissement des mœurs perceptible à la veille de la Révolution. Voir ressurgir un tel document à ce moment précis est intéressant. Déjà, dans Les Précieuses ridicules (scène IV du premier acte), Molière (1622-1673) cite cette carte par dérision :

« En effet, mon oncle, ma cousine donne dans le vrai de la chose. Le moyen de bien recevoir des gens qui sont tout-à-fait incongrus en galanterie ? Je m’en vais gager qu’ils n’ont jamais vû la Carte de Tendre, et que Billets Doux, Petits Soins, Billets Galants et Jolis Vers, sont des terres inconnuës pour eux »

Certains auteurs, comme Voltaire (1694-1778), voient essentiellement la satisfaction des besoins dans l'amour, mais l'idée que la personne aimée fasse l'objet d'un choix intime existe en parallèle. À cette époque, l'expression des sentiments offre donc une tableau extrêmement contrasté. De même, les manifestations sensibles de l'amitié s'intensifient et s'extériorisent : tendresse, embrassades, serrements de mains, larmes et effusions. La notion d'amitié interprétée comme utilitariste et imbriquée dans des réseaux telle qu'elle est perçue au XVIIe siècle s'éloigne au profit d'une passion forte et légitime, objet de réflexions philosophiques nouvelles. 
Ce sentiment malléable et fluctuant a attiré l'attention des philosophes de l'Antiquité sous le nom de philia, durant l'époque médiévale l'amitié est intégrée à l'amour divin, alors que pour Montaigne (1533-1592) durant la Renaissance le mythe millénaire du couple d'amis ressurgit. Le Siècle des Lumières est celui du sentiment d'amitié, exprimé de manière sensible à travers les salons et les traités.


Description de la carte de Nouvelle Amitié à Tendre, 1783

Pour aller de Nouvelle Amitié à Tendre, il faut commencer son voyage à Nouvelle Amitié, première ville qui est au bas de la carte, pour aller aux autres, c'est-à-dire qu'on peut avoir de la Tendresse par trois causes différentes :
– ou par une Grande Estime,
– ou par Reconnoissances,
– ou par Inclination.
C'est pourquoi les trois villes de Tendre sont sur trois fleuves différents qui portent trois noms. Ce sont aussi trois routes différentes pour y aller, si bien comme on dit Cumes sur la mer d'Ionce et Cumes sur la mer Thyrienne, elle fait qu'on dit Tendre sur Inclination et Tendre sur Estime et Tendre sur Reconnoissance.

La Tendresse, qui nait par Inclination, n'a le soin de nul village, le long des bords de ce fleuve, qui va si vite qu'on n'a point besoin de logement le long de ses rives pour aller de Nouvelle Amitié à Tendre, mais pour aller à Tendre sur Estime, il n'en est pas de même car il y a autant de village qu'il y a de petites et grandes choses qu'ils peuvent contribuer à faire naitre par Estime cette Tendresse.
En effet, l'on voit que de Nouvelle Amitié on passe en un lieu qu'on appelle Grand Esprit, parce que c'est ce qui commence ordinairement l'Estime, ensuite on voit ces agréables villages de Jolis Vers, de Billet Galant et de Billet Doux qui sont les opérations les plus ordinaires du Grand Esprit dans le commencement d'une Amitié. Ensuite, pour faire un plus grand progrès dans cette route vous voÿez Sincérité, Grand Cœur, Probité, Générosité, Respect, Exactitude et Bonté qui est tout contre Tendre pour faire connoitre qu'il ne peut avoir de véritable estime sans Bonté, qu'on ne peut arriver à Tendre de ce côté là, sans avoir cette précieuse qualité. Après cela, il faut s'il vous plait à Nouvelle Amitié pour voir par quelle route on va de là à Tendre sur Reconnoissance, il faut aller d'abord de Nouvelle Amitié à Complaisance. Ensuite à ce petit village qui se nomme Soumission et qui en touche un autre fort agréable qui s'appelle Petit Soin. De là, il faut passer par Assiduité pour faire entendre que ce n'est pas assez d'avoir, durant quelque jours, tous ces Petits Soins obligeants qui donnent tant de Reconnoissance, si on ne les a assiduement.
Ensuite, il faut passer par un autre village qui s'appelle Empressement et ne pas faire comme certaines gens tranquilles et qui ne se battent pas d'un moment, quelque priere qu'on leur fasse et qui sont incapable d'avoir cet empressement qui oblige quelque fois si fort. Après cela, il faut passer à Grands Services et pour marquer marquer (sic) qu'il y a peu de gens qu'ils en rendent de tels. Ce village est plus petit que les autres. Ensuite, il faut passer à Sensibilité, pour faire connoitre qu'il faut sentir jusqu'aux plus petites douleurs de cœur qu'on aime.

Après, il faut pour arriver à Tendre passer par Tendresse, car l'amitié attire l'amitié. 
Ensuite, il faut aller à Obéissance n'y ayant presque rien qui engage plus le cœur de ceux à qui on obéit que de le faire aveuglément et pour arriver, enfin, où l'on veut aller, il faut passer à Constante Amitié qui est, sans doute, le chemin le plus sur pour arriver à Tendre sur Reconnoissance, comme il n'y a pas de chemin où l'on ne se puisse égarer. 

Si ceux qui sont à Nouvelle Amitié prenoient un peu plus à droite ou un peu plus a gauche, ils s'égareroient aussi, car si au partir de Grand Esprit on alloit à Négligence que vous voyez sur la carte, qu'ensuite continuant à cet égarement on alloit à Inégalité, de là à la Tiédeur, à Légèreté et à Oublie. Au lieu de se trouver vers Tendre sur Estime, on se trouveroit au Lac d'Indifférence que vous voyez marqué sur la carte et que par ses eaux tranquilles représentent la chose dont il porte le nom en cet endroit.

De l'autre côté, si au partir de Nouvelle Amitié on prenoit un peu trop à gauche et qu'on allat à Indiscretion, à Perfidie, à Orgueil, à Médisance ou à Méchanceté au lieu de se trouver à Tendre sur Reconnoissance, on se trouveroit à la Mer d'Inimitié, où tous les vaisseaux font naufrage et que par l'agitation de ses vagues convient fort juste avec cette impetueuse passion. 
Ainsi, on voit par ces routes différentes, qu'il faut avoir mille bonnes qualités pour acquérir une Amitié Tendre et que ceux qui en ont de mauvaises ne peuvent acquérir que la Haine ou l'Indifférence. Ainsi, pour faire connoitre sur cette carte qu'on ne peut acquérir l'amour ou la Tendresse de cœur des autres, on fait que la Rivière d'Inclination se jette dans une qu'on appelle la Mer Dangereuse parce qu'il est assez dangereux d'aller un peut au delà des dernieres bornes de l'Amitié et, ensuite, au delà de cette Mer, on trouve un pas qu'on appelle Terres Inconnuës, parce qu'en effet nous ne savons pas ce qu'il ÿ a et que nous ne croions pas que personne ait été plus loin qu'Hercule.
De sorte que, de cette façon, on trouve lieu de faire une agréable morale d'amitié par un simple peu d'esprit. 1783

Carte de tendre

Cyrille Glorieus

Références :
- Muriel Bassou, Représentations et pratiques de l'amitié : du cercle au jeu, du don à la collaboration, thèse de littérature, Université de Grenoble, 2011 (en ligne)
- Claude Filteau, « Le Pays de Tendre : l'enjeu d'une carte », Littérature, n° 36, 1979, p. 37-60 (en ligne
- Luisa Messina« L’amour au Siècle des lumières – Essor et fin des libertins »Revue des sciences sociales, n° 58, 2017, p. 40-45 (en ligne)
- Pièces choisies de Molière – à l'usage des écoles, Édimbourg : R. Fleming, 1744, p. 5
- Sylvie Mouysset, « De mémoire, d'action et d'amour : les relations hommes/femmes dans les écrits du for privé français au XVIIe siècle »Dix-septième siècle, n° 244, 2009, p. 393-408 (en ligne)
- Marie-Christine Pioffet, « Esquisse d'une poétique de l'allégorie à l'âge classique – La glose de l'abbé d'Aubignac »Études littérairess, vol. 43, n° 2, 2012, p. 109-128 (en ligne)
- Wolfgang Schmale, 
« Se révolter pour la fidélité : paysans en Saxe électorale (1648-1756) », dans Foi, fidélité, amitié en Europe à la période moderne – Mélanges offerts à Robert Sauzet, Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 1995, p. 511-518 (en ligne)
- Guillaume Sciaux, « La carte du Tendre », article du site pacha-cartographe.fr, 2014 (en ligne)
- Id., « Jouer, penser, aimer sous l'Ancien Régime (XVIIe-XVIIIe siècle) », dans Storia Voce, émission présentée par Christophe Dickès, 2020 (en ligne)
« Arrêt sur... L'avènement de l'individu » BnF , exposition sur les "Lumières!" (en ligne )

[ Modifié: dimanche 11 avril 2021, 13:43 ]
 
Gratuit
« Préséance : droit issu d'un privilège, créé par l'usage ou institué par une règle, de prendre place au-dessus de quelqu'un, de le précéder dans une hiérarchie protocolaire »


Le document présenté aujourd'hui est rare : il s'agit d'un plan de la Grand'Chambre du Parlement de Bordeaux. Cette chambre est la principale et la plus prestigieuse de cette cour de justice provinciale. À l'occasion de la tenue du lit de justice – séance solennelle en présence du roi – de Louis XIII le 10 décembre 1615, on dresse ce visuel qui offre la liste précise des officiers présents et indique leur place en fonction des règles de la cérémonie.

BnF Français 6392
BnF, Français 6392Contrats et cérémonies de mariages de rois et princes (XV e-XVIIe siècles)

Quel est l'objectif ? Dans une société d'ordres, les conflits de préséances entre les membres d'une institution constituent un point central qui permet aux institutions d'exister et de témoigner de leur rang. Dresser un tel plan protocolaire, reflète donc la volonté de se prémunir d'une éventuelle tension basée sur des revendications impromptues le jour de l'évènement.
Ainsi, en séances, en cérémonies, en processions ou dans tous les moments de la représentation sociale, les institutions et les hommes ne cessent de rivaliser pour affirmer leur place dans la société d’Ancien Régime. Chaque positionnement révèle un rang social et chaque écart fait l’objet de conflits visant à asseoir ses prétentions. Divers témoignages montrent donc un monde où le conflit a un rôle dans la régulation sociale, et ce, à toutes les échelles. Chaque homme, chaque officier, chaque institution cherche à se positionner par rapport aux autres. C’est bel et bien le regard extérieur qui donne un rang dans la société d’Ancien Régime.

Comment déterminer la place de chaque officier ?
Selon l'historienne Fanny Cosandey, on s'attache aux exemples puisés dans les cérémonies passées. Et pour cause, aucune constitution écrite ne valide alors l'organisation des pouvoirs. Chacun doit donc mettre en place des tensions, dont le point d'équilibre permet la reconnaissance de son autorité propre. C'est d'ailleurs, ce que reflète le Traicté de l'Eschiquier et Parlement de Normendie, rédigé par Alexandre Bigot de Monville :

BM Rouen
Bibliothèque municipale de Rouen, Y 23, coll. Martainville, Traicté de l'Eschiquier et Parlement de Normendie

Comme dans l'ensemble des documents de sa main, son écriture brouillonne est de petite taille surchargée et raturée. Son style aride de la décennie 1640 demeure particulièrement répétitif et parfois technique. Néanmoins, le Traicté est sans doute le manuscrit le plus abouti que nous ayons de ce magistrat. Composé de soixante-quatorze folios, il semble avoir été rédigé en vue d’une éventuelle édition. En effet, la structure même de ce texte est particulièrement élaborée et, comme l’auteur le note dans la préface, il aborde un sujet qui « n’a point encor, que je sçaches, esté expliqué par aucun autheur ». Bigot de Monville entreprend un véritable travail de spécialiste sur la cour souveraine dans laquelle il officie au quotidien, dans le sens où il mobilise des sources, qu’il mentionne systématiquement, afin de donner corps à son exposé. Au cœur des enjeux de son époque, il y aborde, notamment, la problématique des préséances rouennaises avec une perspective de temps long. Et, parmi les multiples exemples qu'il présente, nombre d'entre eux montrent qu'anticiper les tensions ne suffit pas toujours. Ainsi, en 1618, la situation dégénère aux portes de la ville :

« En effet, ses deputés s’etant rendus le 16 janvier jour de l’entrée en robbe et en bonnet montés sur leurs mulles, à la porte de Saint Hilaire, ils trouverent quelques deputés de la Chambre des comptes sous la voutte »

Allant à l’encontre de tout ce qui était convenu au préalable, deux officiers d'une autre cour souveraine – la Chambre des comptes – cherchent à imposer leur présence entre les murs de la ville (prérogative théoriquement réservée à l'institution la plus prestigieuse). Les parlementaires s’apprêtent à les repousser, mais ils engagent un affrontement armé afin d’écarter les huissiers du Parlement. En découle un attroupement dans lequel des mulets sont blessés, avant que les membres de la Chambre – largement inférieurs en nombre – ne se décident à battre en retraite. Au lendemain de cette procession qui a failli tourner à l’émeute, le Parlement engage un harcèlement judiciaire à l’encontre des officiers des Comptes jugés responsables de cette situation. Sans trouver véritablement de débouché, cette rivalité ressurgit quatre ans plus tard puisque les officiers de la Chambre « ne laisserent pas echapper cette occasion d’etendre leurs pretentions » et cherchent, encore, à se placer au même niveau que le Parlement. Il faut attendre 1640 et l’intervention du chancelier de France, pour voir les prétentions de la Chambre des comptes s’éteindre durablement. 
Ce type de conflits enkystés et se prolongeant sur plusieurs décennies démontre à quel point il est prudent de prévoir un plan censé lever toute ambiguïté protocolaire. En prévoyant précisément et en amont la place de chacun, on cherche donc à anticiper et à se prémunir de ces tensions récurrentes et anciennes. La problématique des préséances se rencontre à tous les étages de la société d'Ancien Régime (confréries, corporations, bancs de l'église, etc.). Ce type de contentieux visent à imposer ses prérogatives et son rang par rapport aux autres. Dans les faits, les désordres rituels – et parfois violents – qui s'expriment alors forment un moyen paradoxale d'imposer un ordre. Faire respecter son rang social permet donc d'éviter que des conflits encore plus importants n'éclatent. Pour trancher ces tensions structurelles et trouver une issue, l'arbitre est le plus souvent l'autorité royale. En somme, seule la décision du roi permet de faire émerger une nouvelle jurisprudence, qui est elle-même contestée immédiatement ouvrant un nouveau cycle de rivalités.

Sources :
- BnF, Français 6392
- Bibliothèque municipale de RouenY 23, coll. Martainville
- Trésor de la Langue Française informatisé

Bibliographie :

- Fanny Cosandey, « Participer au cérémonial – De la construction des normes à l’incorporation dans les querelles de préséances », dans Trouver sa place – Individus et communautés dans l’Europe moderne, Madrid : Casa de Velázquez, 2011
- ID., Le rang – Préséances et hiérarchies dans la France d’Ancien Régime, Paris : Éditions Gallimard, 2016
- Isabelle Dasque (dir.), « Faire l’histoire des parlements d’Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècles) », Histoire, économie & société, 31e année, 2012
- Raphaël Fournier, « Les rangs et préséances comme objets de l’histoire constitutionnelle. Le cas de l’ancien régime », Droits, vol. 64, n° 2, 2016
- Caroline Le Mao, Parlement et parlementaires – Bordeaux au Grand Siècle, Paris : Champ Vallon, 2007
- Gaël Rideau, « La construction d’un ordre en marche : les processions à Orléans (XVIIe-XVIIIe siècles) » dans Ordonner et partager la ville (XVIIe-XIXe siècle), Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2011


Transcription de la première page du Traicté :

Præface

[1] Le subject que j'entreprens en ce volume n'a point encor, que je sçaches, esté expliqué 
par aucun autheur duquel les œuvres ayent esté donnez au public. [Bernard][1] de La Roche Flavin [2] 
a composé un livre intitulé des Parlemens de France, mais n’ayant vescu que dans les Parlemens
de Paris & Tholose il n’a rien dict des autres parlemens ou fort peu de chose. Me Guillaume
Terrien [3] dans son Traicté du droict civil de Normandie, a inseré un livre[4] divisé en 16 livres
en a faict un livre de la cour de Parlement, mais il n'a faict qu’esbaucher la matiere
& n’a parlé que des choses qui peuvent estre notoires à un advocat & non à l’interieur de
la compagnie dont [à peine avoit il][5] veu les registres & n[6] des arrests, mais non les registres
secrets [7] ny assisté aux deliberations. Les commentateurs de la Coustume de Normandie en
ont expliqué les articles, sans parler de ce qui concerne le Parlement[8] cette matiere.

[2]
Je traicteray donc en ce receuil de l’establissement de l’Eschiquier & Parlement de Normandie, 
de la creation & suppression des offices du Parlement, de la division & competence des chambres, 
des privileges & prerogatives de la compagnie & officiers d’icelle, des reglemens entre divers 
officiers dudict Parlement, des contentions[9] survenues entre le Parlement & les autres compagnies
& officiers, de la forme observée aux actions & ceremonies publiques & autres choses
semblables.


[1] Bigot de Monville écrit initialement « le sr ».
[2] Bernard de La Roche-Flavin (1552-1627). A d’abord été avocat au Parlement de Toulouse, conseiller à la sénéchaussée en 1574, magistrat au Parlement de Paris en 1582, puis président à la chambre des Requêtes du Parlement de Toulouse.
[3] Guillaume Terrien ( -1574). A été avocat, lieutenant commis du sénéchal et garde du temporel et aumône de l’archevêque de Rouen, puis procureur du roi au bailliage de Dieppe. La première édition de ses Commentaires du droit civil a été publiée à titre posthume. Deux autres éditions ont suivi en 1578, puis en 1654.
[4] Ces éléments sont rayés dans le document original.
[5] L’auteur écrit d’abord « il n’auroit pas ».
[6] L’esperluette est biffée dans le manuscrit.
[7] Registres qui offrent des transcriptions des délibérations ayant eu lieu à la Grand’Chambre ou lors de l’assemblée des chambres. L’ordre des actes et délibérations est rapporté de manière chronologique et l’écriture est contemporaine des événements. Toutefois, certains actes officiels qui y figurent sont rapportés entre le résumé de deux délibérations, laissant penser que chaque délibération pouvait être transcrite sur une feuille volante, avant d’être réécrite sur le registre (Mathieu Servanton, « Les registres du parlement de Bordeaux sous Louis XIII, présentation et enseignements », Histoire , Économie & société , 2012).
[8] Les termes sont rayés dans le document.
[9] L'auteur évoque ici, pudiquement, les conflits de préséance.

[ Modifié: samedi 10 avril 2021, 22:08 ]
 
Logo Baptiste Etienne - Paléographie
par Baptiste Etienne, samedi 21 novembre 2020, 11:59
Gratuit

Plantons le décor de cette découverte hors du commun. En mars 1630, une fouille a lieu dans le village de la Cala, à une vingtaine de kilomètres de Tunis, près des ruines du site d’Utique. Nous sommes alors au cœur du territoire Maure, ce qui évoque à l’origine les populations berbères d’Afrique du Nord. À partir du VIIIe siècle, le terme désigne par extension les « musulmans » et, plus particulièrement, ceux vivant en Al-Andalus (péninsule Ibérique). Malgré la reconquête qui s’achève en 1492, on maintient l’usage pour faire référence aux populations du Maghreb durant l’ensemble de l’époque moderne, et ce, jusqu’au XIXe siècle.
Le chercheur à l’origine de l’annonce fabuleuse est Thomas d’Arcos, né en 1573 à La Ciotat (Provence). Il connaît bien le territoire qu’il explore puisqu’il a été capturé à Tunis et vendu comme esclave en 1628. Libéré deux ans plus tard, converti à l’islam, il reste au Maghreb et entretient de riches correspondances, d’où est extrait le document que nous étudions aujourd’hui.
À travers cette lettre, on s’aperçoit rapidement que la découverte est de taille ! À partir des quelques fossiles retrouvés, il est possible de considérer qu’il aurait une « grandeur desmezurée » de près de plus de 18 mètres de haut. Les unités de mesures utilisées sont alors la coudée, correspondant à deux palmes. Cette dernière est ancienne, utilisée par les bâtisseurs de cathédrales du Moyen Âge et encore en usage dans la marine du XVIIe et du XVIIIe siècle pour la mesure du bois de mâture. Égale à deux palmes, la coudée est aussi une mesure courante depuis l’Antiquité.

Vous pensez à de faux ossements ? Détrompez-vous puisque la lettre assure qu’il ne faudrait pas croire « que cecy soit fable ». Ainsi, selon l’auteur, rien ne remplace l’expérience humaine : « je vous asseure que je l’ay veu & touché ». Le problème majeur demeure que ces fossiles « sont en partie pourriz & partie entiers ». Néanmoins, le découvreur espère en conserver une partie qu’il souhaite « garder par curiosité », il est d’ailleurs aisé de les imaginer peuplant le cabinet privé des Aycard. Les membres de cette famille de marchands et de magistrats de Toulon sont à l’origine de l’expédition de Thomas d’Arcos, à la recherche d’inscriptions antiques. Ils entretiennent une correspondance pour laquelle nous avons conservé des traces de 1630 à 1637.
La preuve essentielle quant à ce géant repose sur une molaire, ce qu’affirme notre témoin oculaire : « j’ay veu & pesé une de ses dentz, & pese 2 livres & demye, qui sont 40 onces ». Par conséquent, celle-ci ferait plus d’un kilogramme, soit près de 100 fois plus qu’une molaire humaine moyenne.

"Dessein de la dent, qu'on disoit estre de ce gean apporté de Thunis"
"Dessein de la dent, qu'on disoit estre de ce gean apporté de Thunis"


Quelles hypothèses peut-on formuler à l’issue de cette découverte ?
Dans sa lettre, d’Arcos se fait le relais des réflexions de ses proches qui pensent que le géant daterait de « devant le deluge ». Considérant qu’ils « resvent », celui-ci méprise les mythes des habitants locaux qui osent nommer le géant à partir de « leurs livres antiques ». Et pour cause, nombre de représentations littéraires de l’époque, touchant à l’Afrique, considèrent encore qu’il s’agit d’un territoire peuplé de géants. Notre archéologue est peut-être également victime des légendes que peuvent véhiculer certains dictionnaires, comme celui de Daniel de Juigné qui considère que ce continent « produit encore aussi quelques monstres d’hommes ». En outre, l’auteur affirme que les habitants considèrent que cette découverte signifie « que les Chrestiens domineront bien tost la Barbarie ».
Je lui laisse cette dernière interprétation, mais je souhaite maintenant lever le voile sur cette découverte. La taille exceptionnelle du géant résulte probablement d’une erreur logique. Ainsi, il ne paraît pas surprenant d’obtenir des estimations farfelues, si on attribue des ossements d’un grand ruminant à un géant bipède. De plus, il faut garder à l’esprit trois éléments qui ont certainement retardés l’identification :
1) Au XVIIe siècle, on dispose de peu de points de comparaison pour les grands animaux du continent africain.
2) Dans ce cas, les fossiles sont en mauvais état de conservation, ce qui peut laisser libre court à une certaine imagination. Ainsi, en date du 24 juin, une autre lettre d’Arcos assure que « le reste de ses ossements sont touts tombés en poudre ». À noter que la présence d’un cours d’eau qui traverse la zone de fouille a pu accélérer cette destruction.
3) Dans un monde profondément chrétien, parmi les diverses mentions de géants, la référence aux nephilims de la Bible ne peut être ignorée. Ce peuple surnaturel, souvent traduit par « géants », se rencontre dans le passage de la Genèse, juste avant le déluge qui est justement cité comme élément de datation.


Dans ce cas, notre chercheur est confronté à divers biais de confirmation. Ainsi, ce biais cognitif vise à privilégier les informations qui corroborent son idée préconçue. Par conséquent, Thomas d’Arcos accorde mécaniquement moins de poids aux éléments qui jouent en défaveur de son hypothèse initiale.
Pourtant, certains auront reconnus que cette dent appartient manifestement à un herbivore. Il s’agit d’une molaire, probablement d’éléphant, voire de mammouth, qui peuvent peser jusqu’à 2,5 kilogrammes. Contrairement à une idée reçue, ces éléphantidés ne vivaient pas uniquement dans les espaces froids. Ainsi, il existe une variété africaine du Pliocène, dont des fossiles – datant d’environ 4,8 millions d’années – ont été retrouvés au Tchad, en Libye, au Maroc ou encore en Tunisie. Toujours est-il que cette dent a été comparée à celle de restes d’éléphants après son envoi en métropole. La ressemblance a alors été jugée comme frappante et probante. Et pour cause, dès l’époque, le correspondant de Thomas d’Arcos est parvenu à déterminer qu’il s’agit bien d’un éléphant de savane, proche de l’éléphant d’Afrique moderne et aujourd’hui éteint, le Loxodonta africanava. Avec cette dent fossilisée de grande taille, l’option du L. africanava du Pléistocène ne peut être formellement exclue puisque ces conclusions se basent sur des comparaisons établies à partir du croquis ci-dessus.

En l’espace de quelques semaines, la découverte sensationnelle du géant s’est donc dégonflée, au profit d’une hypothèse qui correspond à des éléments connus de la science de l’époque. On comprend sans mal l’emballement du chercheur de 1630 confronté à des fossiles très dégradés et manifestement nouveaux pour lui. Cette affaire n’est pas sans rappeler celle du prétendu géant du Dauphiné au début du règne de Louis XIII. Pierre Mazuyer, un chirurgien local, exploite la découverte en 1613 d’ossements de près de 2 mètres de longs qu’il fait passer pour ceux de Theutobochus, un roi teuton qui a été fait prisonnier par le général romain Caius Marius en 102 av. J.-C. L’affaire a tellement fait parler d’elle, que les fossiles sont présentés à la cour du jeune roi, avant que la supercherie ne soit révélée après 1618... 


Sources :
- BnF, Dupuy 488, Mélanges historiques, f° 170 et 171
- D. de Juigné Broissinière, Dictionnaire théologique, historique, poétique, cosmographique et chronologique, 6e édition, Lyon : P. André, 1658
- A. L. Millin, Magasin encyclopédique ou journal des sciences, des lettres et des arts, vol. 5, Paris : Imprimerie de Delance, 1806

Références :
- P. Barthélémy, « Teutobochus, le géant qui n'en était pas un », dans Le Monde, "Passeur de sciences", le 12 janvier 2013
- R. Goulbourne, « Comédie et altérité : l'Afrique et les Africains dans le théâtre comique du XVIIe siècle », dans L'Afrique au XVIIe siècle : Mythes et réalités, Tübingen : Gunter Narr Verlag, 2003, p. 293-308
- M. Kölbl-Ebert (dir.), Geology and Religion - A History of Harmony and Hostility, n° 310, Londres : The Geological Society, 2009
- C. Lemardelé, « Une gigantomachie dans la Genèse ? Géants et héros dans les textes bibliques compilés », Varia, Revue de l'histoire des religions, 2010, p. 155-174
- F. Mora, « Le mythe des géants et la "renaissance" du XIIe siècle », dans La mythologie de l'antiquité à la modernité, Rennes : PUR, 2009, p. 143-155
- M. Patou-Mathis, Histoires de mammouth, Librairie Arthème Fayard, 2015
- L.V. Thomas, « Temps, Mythe et Histoire en Afrique de l'Ouest », Présence Africaine, n° XXXIX, vol. 4, 1961, p. 12-58
- J. Tolbert, « Ambiguity and Conversion in the Correspondence of Nicolas-Claude Fabri de Peiresc and Thomas d'Arcos (1630-1637) », Journal of Early Modern History, n° 13, 2009 


[ Modifié: samedi 13 mars 2021, 23:03 ]
 
Gratuit

À l'heure du Covid-19 et de cette pandémie qui a débuté à la fin de l'année 2019 en Chine et dont le virus a été identifié le 9 janvier dernier, il paraît évident d'évoquer une autre maladie qui a fortement marqué les esprits en raison de son extrême contagiosité et de sa mortalité hors norme : la peste.
Toutefois, s'il s'agit d'un sujet d'actualité, une comparaison est impossible tant notre société est différente de celle de l’Ancien Régime, ne serait-ce qu’en matière de prophylaxie. Ainsi, de 1619 à 1668, une ville telle que Rouen connaît trois grandes vagues de pestes. Mon analyse de ce sujet repose en grande partie sur de riches échanges que j’ai eu avec le docteur Daniel Christmann, du service des maladies infectieuses du CHU de Strasbourg.

D'année en année et de vague en vague, trois paroisses sont systématiquement l'épicentre de l'épidémie : Saint-Maclou, Saint-Vivien et Saint-Nicaise. Celles-ci regroupent nombre d'artisans et de métiers du drap et sont parmi les plus étendues. Elles occupent 38 % de l'espace de la ville intra-muros et regroupent – à elles seules – près de la moitié de la population rouennaise. Au total, dans la cité, la pestilence aurait provoqué près de 14 500 décès en l’espace d’un demi-siècle.

Répartition mensuelle des entrées à l’Hôtel-Dieu (1637)
Répartition mensuelle des entrées à l’Hôtel-Dieu (1637)

Comme en témoigne ce graphique des admissions à l’Hôtel-Dieu durant l’année 1637, la saison chaude et un hiver doux semblent propices au développement de l'épidémie. Sur l’ensemble des vagues, les registres du temple confirment la tendance. La peste frappe essentiellement de juin à décembre, avec un total de 723 cas pour seulement 136 pour les mois de janvier à mai.
La transmission de la peste se fait par la promiscuité. Ainsi, une famille d’artisans, les Gueroult, perd une dizaine de membres. Frère, neveu, nièce, belle-sœur, la famille du curé de Notre-Dame-de-La-Ronde subit, elle aussi, directement la peste en 1623 et en 1624. La transmission s’observe d’habitation en habitation, comme le souligne un prêtre en 1638 : « en l'espace de 8 jours, il y eust plus de 8 maisons proches de l'un & de l'autre saisies ». Enfin, même si ces mentions demeurent rares, on observe la présence de bubons, aussi appelés « charbons », notamment lorsque le prêtre Philippe Josse affirme en 1624 que « le bruict estoit commun qu'il y avoit sur luy plus de 16 à 17 charbons, il en a esté preservé au despens de sa bourse et de l'assistence des Peres de la Mort, chirurgiens et medecins ». L'ensemble de ces éléments confirme le caractère épidémique, avec phases de rémissions et de réapparitions ponctuelles. La présence de bubons suggère une peste de type bubonique qui possède la faculté de « s'éteindre » durant plusieurs années avant de réapparaître brutalement.

Cette forme clinique la plus fréquente se caractérise, après un temps d’incubation de quelques jours, par un syndrome infectieux très sévère (forte fièvre, atteinte profonde de l’état général), accompagné d’une hypertrophie du ganglion lymphatique (bubon) drainant le territoire où la piqûre de puce a transmis la maladie. Il est donc intéressant de détailler les différentes catégories de victimes : 42,5 % ont moins de 10 ans et un quart sont âgées de plus de 50 ans ; dans environ 70 % des cas, il s'agit donc de personnes que l'on peut considérer comme vulnérables. Jusqu'à 5 ans, les fillettes sont le plus largement frappées, mais la tendance s'inverse à mesure qu’elles grandissent. On peut supposer que les garçons sont alors plus livrés à eux-mêmes en occupant l'espace public. Ils se trouvent donc plus régulièrement en contact avec les détritus et les déchets qui jonchent les rues d'une ville insalubre telle que Rouen au milieu du XVIIe siècle.

Victimologie de la peste (1620-1640), d'après P. Josse
Victimologie de la peste (1620-1640), d'après P. Josse

Par ailleurs, l’écrit privé du religieux Philippe Josse permet d'établir un tableau clinique précis, même si, tout au long de son  Journal, il n'évoque dans le détail que 224 personnes touchées par la peste. Le plus souvent, ces mentions se limitent à son entourage, et cela ne constitue qu'une part infime des victimes. Au sein de cet effectif réduit, le temps d'incubation est en moyenne de 4 à 5 jours et les victimes ont tendance à décéder rapidement ou au huitième jour. Cette observation rejoint celles de Fleur Beauvieux durant l’épidémie marseillaise de 1720. Ces épidémies interviennent alors que les Rouennais sont dans une situation de précarité en raison de la cherté et des augmentations d'impôts qui touchent essentiellement les plus démunis. Toutefois, un éventuel lien de causalité est à relativiser.

Ainsi, la peste touche à la fois les riches et les pauvres, sans distinction. Tout être humain peut se trouver en contact avec la puce et donc le bacille responsable de la maladie. Souvent, en début d'épidémie et comme dans le cas marseillais, la peste surprend. Ce n'est que dans un second temps que les écarts se creusent en raison de réactions socialement différenciées. Au plus fort de la crise, dans les années 1620, pour ceux qui restent dans la ville, il faut garder à l’esprit que le taux maximum de survie n’excède jamais les 30 %. Même si cette dernière donnée repose sur de faibles populations de malades, on peut donc estimer qu’en moyenne, après infection, les hommes de cette époque ont 85 % de risques de décéder.

«

La contagion avoit rendu la ville de Rouen presque deserte, les Anciens l'avoient abandonnée, et s'en estoient fuis dans leurs maisons des champs. Ce danger extreme ne nous avoit pas donner de frayeur au prejudice de nostre devoir, nous y estions demeurez pour rendre la justice et donner les ordres au peril de nos. vies ».

Comme le montre cette remontrance, les élites – et en particulier les parlementaires normands – sont en mesure de se prémunir de l’épidémie. Pour ce faire, ils peuvent mettre en place des mesures d’hygiène, telle l’aspersion de vinaigre dont l’odeur fait fuir les rats. Toutefois, le plus souvent, cédant à une rhétorique de la peur, les hommes du temps privilégient l’adage antique : « pars vite et loin, et reviens tard » (Cito, longe fugeas, tarde redeas).

Sources
- BM Rouen, Ms M 41, Journal, par Philippe Josse
- BnF, F FR 18939, « Très humbles remonstrances du Parlement de Normandie au Semestre de Septembre, au Roy et à la Reine regente », f° 6
- AD S-M, H dépôt 1F19, Hôtel-Dieu,« Registre des maladies contagieuses (1637) »
- Pieter Brueghel l'Ancien,« Le Triomphe de la Mort », huile sur toile, v. 1562, Museo del Prado

Bibliographie
- Frédérique Audoin-Rouzeau, « L’apport des données historiques (VIe-XXesiècles) », dans Les chemins de la peste – Le rat, la puce et l’homme,  Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2003, p. 203-277
- Fleur Beauvieux, « Épidémie, pouvoir municipal et transformation de l’espace urbain : la peste de 1720-1722 à Marseille », Rives méditerranéennes, vol. 42, n° vol. 42, n° 2, 2012, p. 29-50
- ID., « Justice et répression de la criminalité en temps de peste – L’exemple de l’épidémie marseillaise de 1720-1722 »,  Criminocorpus, Varia, 2014 (https://journals.openedition.org/criminocorpus/2857)
- Madeleine Foisil, La révolte des Nu-pieds et les révoltes normandes de 1639, Paris : Presses Universitaires de France, 1970, p. 117-131
- Virginie Lemonnier-Lesage, « La mobilisation du Parlement et de la municipalité de Rouen face aux épidémies de peste (XVIe-XVIIe siècle) », dans Les parlements et la vie de la cité (XVIe-XVIIIe siècle), Rouen : Publications de l’Université de Rouen, 2004, p. 23-33
- Nicolas Roudet, « Pars vite, loin, et reviens tard », dans Médecine et rhétorique à la Renaissance – Le cas du traité de peste en langue vernaculaire, Paris : Classiques Garnier, 2017
- François-Olivier Touati, « Un mal qui répand la terreur ? – Espace urbain, maladie et épidémies au Moyen Âge », Histoire urbaine, n° 2, 2000, p. 9-38
- Jean Vitaux, Histoire de la Peste, Paris : Presses Universitaires de France, 2010, p. 131-187

[ Modifié: samedi 13 mars 2021, 23:07 ]
 
Gratuit

« Il y a eu grandes challeurs, durant le mois
de may et de juin, de sorte que les biens de la terre
ont esté fort secs, mais le mois de juillet n'a esté
que pluyes continuelles, foudres et tonnerre qui ont
causé beaucoup de mal aux biens de la terre.

Le 12 de juillet, le tonnerre tomba sur les neuf
 de matin sur Nostre Dame. L'on vu un feu voltiger
dans les galeries de La Lanterne et sortit par
un trou, sans faire aucun mal, sinon de la fumée
et le lendemain il fut arresté au chapitre que,
l'advenir, quand on entendroit le tonnere, l'on
sonneroit les cloches, quand bien mesme il seroit
nuict.
»

Au début du mois, un post de Philippe François a attiré mon attention sur la foudre globulaire ou foudre en boule que j'avais rencontré dans un manuscrit. Le phénomène décrit et celui - rare - que l'on constate sur la vidéo semblent les mêmes.
Le texte date de 1642, nous ne sommes donc pas loin de la plus ancienne mention à ce sujet. Ainsi, en 1638, une “impressionnante boule de feu” a traversé la fenêtre d'une église située en Angleterre. Dans le cas normand que je présente ici, c'est encore un lieu de culte qui est frappé probablement en raison de sa hauteur exceptionnelle dans une ville de l’époque moderne. Notre-Dame est la cathédrale, dont les galeries de La Lanterne, font référence à la tour située à la croisée du transept.

Comme l'indique le prêtre Philippe Josse ( -v.1650), l’auteur de ce manuscrit, la mention du chapitre cathédral montre qu'elle est desservie par une cinquantaine de chanoines. Ceux-ci sont des clercs réguliers, suivant des règles de vie et qui sont tenus à la récitation de l'office au chœur. Au milieu du XVIIe siècle, ils ne vivent plus en commun, mais dans le monde. Ainsi, selon Charles Herembert, dans une description de la Normandie, ces chanoines “psalmodient incessamment et chantent jour et nuict les louanges du tout puissant”.

Les scientifiques parviennent, désormais, à créer ces boules de feu en laboratoire. La luminosité peut être très forte ou au contraire de basse intensité, alors que la température peut atteindre les 1 700 °C. Toutefois, il nous reste encore énormément à découvrir à ce sujet, popularisé par Hergé, dans l’album de Tintin, Les 7 boules de cristal, publié en 1948.

Hergé
Couverture de l'album de Tintin, "Les 7 boules de cristal"


Sources :
Bibl. Caen-la-Mer, in-8238, Singularités de la province de Normandie, par Charles Herembert, f° 110
- BM Rouen, Ms M 41, Journal, par Philippe Josse, f° 104
- Olivier Dessibourg, “La foudre en boule révélée par un coup de chance”, Le Temps, 2015 (lien)
- M.G., “Foudre en boule : elle a pu être reproduite pendant une demi-seconde !”, Science & Vie, 2013 (lien)
- Kristiane Lemé, « Les Chanoines de la Cathédrale de Rouen au XVe siècle », dans Les stalles de la cathédrale de Rouen, 2003, p. 19-32
- Christina Nunez, “Foudre globulaire : un phénomène aussi dangereux que mystérieux”, National Geographic, 6 mars 2019 (lien)


[ Modifié: samedi 13 mars 2021, 23:07 ]
 
Avatar JF VIEL
par JF VIEL, samedi 21 novembre 2020, 11:36
Gratuit
Le document qui suit est assez exceptionnel : il s’agit d’une convention notariée par laquelle un mari et une femme, qui ne se supportent plus, organisent leur séparation de corps.

Le 8 avril 1551, Pierre de Cantiers et son épouse Adrienne des Haies, tous deux nobles, mariés depuis douze à treize ans et vivant à Sainefontaine[1], près de Beauvais, se présentent en l’étude d’un notaire de Rouen[2]. Le mari y expose ne plus pouvoir tolérer les mœurs (comprendre la nature, le caractère)[3] de sa femme. Les descordz[4] et contemptions[5] qui sont entre eux les empêchent de bonnement vivre en paix ensemble en tranquillité de leur conscience, à tel point qu’ils ont un temps envisagé un divorce. Sous l’Ancien Régime, le divorce (divortium) était une procédure portée devant l’official, juge ecclésiastique rendant la justice au nom de l’évêque. Lorsqu’il était accordé, ce divorce actait une séparation de corps des époux, mais rendait impossible tout remariage de l’une ou de l’autre des parties, le lien sacré du mariage restant indissoluble.

Nos époux, voulant éviter une telle procédure qu’ils jugent scandaleuse, ont alors l’idée, sur les conseils de leurs amis, d’organiser leur séparation de corps dans l’intimité de l’étude d’un notaire rouennais. La convention est initialement dressée de façon anonyme, le mari y étant désigné par la seule lettre P. (comme Pierre) et la femme par la seule lettre A. (comme Adrienne) ; les précisions sur l’identité des époux ne seront ajoutées – en interligne – qu’au moment de la signature du document.

Il est convenu que l’épouse ira habiter en la maison d’un sien parent de Rouen, François de Ponches, sieur du Mesnil-Vasse. Pour lui permettre de vivre honnestementtant pour ses allymentz, vestementz que aultres ses necessités, son mari s’engage à lui verser une rente annuelle de 80 livres tournois – à savoir 20 livres à Pâques, à la Saint-Jean, à la Saint-Michel et à Noël – tant qu'elle sera demeurante hors d'avecq luy. Le couple n’ayant aucun enfant, la séparation de corps est simple à mettre en œuvre et n’occasionne aucune autre disposition.

Cette convention, signée d’une main ferme par Pierre de Cantiers et Adrienne des Haies, est par la suite confirmée comme raisonnable et de justice par les consuls de Rouen, ce qui semble indiquer que les époux, bien que nobles, avaient des intérêts commerciaux dans la région. En ce même 8 avril 1551, Adrienne des Haies donne procuration à son mari pour vendre une maison appartenant audit Cantiers, sise en la paroisse Sainte-Marguerite de Beauvais, de façon à constituer le capital de la rente.

Les séparations de corps réglées devant notaire pour incompatibilité d’humeur sont rarissimes. On en trouve encore quelques exemples au XVIIe siècle, puis ces actes semblent disparaître purement et simplement de la pratique notariale. Une étude exclusivement consacrée à cette question serait passionnante !

__________
[1] Sainefontaine, hameau dépendant de Bulles (60130).
[2] Arch. dép. de Seine-Maritime, 2E1/863, 8 avril 1551. En ligne : vues 52 à 56/891

[3] Sur la minute, le mot mœurs a remplacé complections (complexions, c’est-à-dire caractère, tempérament), qui a été biffé.
[4] Désaccords, différends.
[5] Mépris.


Sur le plan paléographique, l’écriture est clairement cursive, démontrant au passage la virtuosité du clerc. Les abréviations (par contraction, suspension, notes tironiennes, signes spéciaux et lettres spéciales) sont assez nombreuses et parfois très sévères. Voir par exemple l’abréviation du verbe pretendre, à l’avant-dernière ligne de la première page de la procuration du 8 avril 1551 :

p(re)t(en)d(re)

p(re)t(en)d(re)

Comme souvent, la cursivité de l’écriture augmente à mesure qu’on s’approche de la fin de l’acte, les formules terminales n’étant d’ailleurs plus que suggérées... Les nombreuses ratures, ajouts en interligne et en marge sont caractéristiques des minutes notariales de la moitié nord de la France, au milieu du XVIe siècle.


Convention du 8 avril 1551 : transcription


Par souci de lisibilité, le texte a ici été restitué sous sa forme définitive, les passages biffés ayant été supprimés et les ajouts en interligne et en marge ayant été replacés dans le corps du texte.

Convention du 8 avril 1551 - Page 1


« Du mercredi huictiesme jour d'avril
mil Vc cinquante et ung, aprez Pasques.


« Comme depuys le mariage celebré en face de Saincte
Eglise d'entre noble homme Pierre de Cantiers, seigneur du lieu, demourant
à Senefontayne prez Beauvays, et damoiselle Adrianne Deshaies
puys douze à traize ans ou environ,
constant lequel mariage lesdictz
mariez aient eu quelques descordz et
contemptions entre eulx, tellement qu'ilz n'ont
peu bonnement vivre en paix ensemble en
tranquillité de leur conscience. Et pour
ce auroient esté en termes de aager[1] l'un vers
l'aultre en divorse, mesmement de la part dudict
de Quantiers pour ce qu'il disoit ne pouvoir tollerer
les moeurs de ladicte damoiselle, toutesfois
en fin, pour eviter tout scandalle, aient
par le conseil de leurs amys cherché
moyens de concorder entre
eulx au myeulx qu'il leur seroit possible.
Sçavoir faisons etc. pardevant
etc. furent presens lesdictz de Cantiers et ladicte damoiselle
Adrienne Deshaies, lesquelz de leurs bon gré et voluntez
etc. confesserent avoir faict accord entre
eulx, par lequel ladicte damoiselle,
du consentement dudict seigneur de Cantiers, son mary, et par luy
bien auctorisée quant à ce, a accordé
soy retirer en la maison de noble homme
Françoys de Ponches, seigneur du Mesnil Vasse,
et en icelle faire sa demeure et residence


_____
[1] Agir.

Convention 2
Convention du 8 avril 1551 - Page 2


jusques à ce que lesdictes parties puissent, aydant
la grace de Dieu, estre
reconsiliez ensemble. Et affin que ladicte
damoiselle ait occasion et moyen de
vivre honnestement et se contenter dudict son
mary, icelluy de Cantiers, son mary, a promys
et s'est obligé payer par voye d’execution à ladicte damoiselle
la somme de quatre vingtz livres tournois par chacun an, payable
aux quatre termes de l'an accoustumez,
assavoir Pasques, Sainct Jehan, Sainct
Michel et Noel, et le tout rendu
à ses despens en la maison dudict de Ponches,
[renvoi en marge : premier paiement commenceant à Pasques dernière passée et ainsi contynuer de terme en terme].
Laquelle somme de quatre vingtz livres tournois ladicte damoiselle
s'est contentée tant pour ses allymentz,
vestementz que aultres ses necessités,
et a promys ne demander audict son mary
aultre chose pour le temps qu'elle sera
demeurante hors d'avecq luy. Et si
a promys durant ledict temps demeurer
en ladicte maison dudict de Ponches ou
aultre lieu honneste par
desliberation desdictz de Ponches du Mesnil Vasse et de Cantiers. Promectans lesdictes
parties tenir les choses dessusdictes soubz
l'obligation de tous leurs biens et heritages.
Presens Nicolas Massieu, marchant, demeurant en la paroisse St Maclou
de Rouen, et Adam Bihorel, hostellier, demeurant en la paroisse
St Vigor dudict Rouen. »


Ainsi signé : P. de Cantiers
Adrianne des Haies.

Convention 3
Convention du 8 avril 1551 - Page 3


« Semble aux conseulx soubz signez ausquelz
a esté communiqué la minutte cy dessus que
icelle est raisonnable et que l'accord y
mentionné par les termes qu'il est, est de
justice. »


Ainsi signé : Colombel, avec paraphe / Lambert, avec paraphe.



Procuration du 8 avril 1551 : transcription

Procuration

Procuration du 8 avril 1551 - Page 1


« Du mercredi huictiesme jour d'avril, après
Pasques Vc LI.


« Fut presente damoiselle Adrienne Deshayes, femme
de noble homme Pierre de Cantiers, seigneur du lieu, demeurant
à Sene Fontaine près Beauvais, laquelle après qu'elle
eult esté deuement auctorisée par ledict seigneur son mary, present
quant à ce, de son bon gré constitua son procureur general
et especial, c'est assavoir ledict sieur de Cantiers, son mary,
en tout le faict et stille de plaidarye, et par especial
ladicte constituante a donné et donne par sesdictes presentes, en tant
que à elle est et que le cas luy peult toucher,
plain pouvoir, puissance et auctorité audict seigneur de Cantiers,
son mary, portant icelles, de pour elle et en son
nom vendre, transporter, fieffer, eschanger et
aultrement aliener une maison et
heritage audict seigneur de Cantiers appartenant,
assise en la parroisse de Saincte Marguerite en
la ville de Beauvais, à telle
personne ou personnes et par tel prix, charges
conditions et moiens que ledict seigneur de Cantiers,
son mary, verra bien estre, recevoir les
deniers provenans de ladicte vendue et en faire telle
quictance que icelluy seigneur de Cantiers verra
bien estre, et mesmes de
pour elle et en son nom renoncer
à tout et tel droict de douaire, asignation de
mariage ou aultre droict heredital qu'elle pourroit
avoir, pretendre et demander sur ladicte
maison dessus declarée et d'en passer

Procuration 2
Procuration du 8 avril 1551 - Page 2


telles lectres de vendue, fieffe et eschange et renonciation que
mestier serra et au cas appartiendra. Et generallement etc.
promectans tenir etc. obligeans biens etc.
Presens Nicolas Massieu et Adam Bihorel. »


Ainsi signé : P. de Cantiers
Adriane des Haies. »

Bibliographie

  • David BASTIDE, "La survivance des coutumes dans la jurisprudence du XIXe siècle (1800-1830) - Autour de la femme, de la dot et du douaire normands", Annales de Normandie, n° 56, 2006, p. 395-414 (http://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_2006_num_56_3_1586)
  • Adrien Jean Quentin BEUCHOT, Oeuvres de Voltaire - Avec préfaces, avertissements, notes, etc., vol. 28, Paris, chez Lefèvre, 1829, article "divorce", p. 436-439
  • Sylvain BLOQUET, “Le mariage, un contrat perpétuel par sa destination (Portalis)”, Napoleonica. La Revue, 2012/2, n°14, p. 74-110
  • Jean-Louis HALPERIN, "Les fondements historiques des droits de la famille en Europe - La lente évolution vers l'égalité", Informations sociales, n° 129, 2006, p. 44-55 (https://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2006-1-page-44.htm)
  • François LEBRUN, La vie conjugale sous l’Ancien Régime, Paris (Armand Colin), 1985
  • Stéphane MINVIELLE, La famille en France à l’époque moderne, Paris (Armand Colin), 2010
  • Roderick G. PHILLIPS, "Le divorce en France à la fin du XVIIIe siècle", Annales, n° 34, 1979, p. 385-398

[ Modifié: samedi 21 novembre 2020, 16:32 ]
 
Gratuit

« Question de Mariage
Arrest du 14e janvier 1616, donné pour le sieur Gargueselle contre les nommés Malherbe. Plaidans Aleaume, Du Theil et d'Ambry.

Ledict de Gargueseilles avoit longtemps entretenu une femme, fille d'un paysan, qu'on disoit estre publique, et d'icelle avoit eu 10 à 12 enfans, et desirant l'espouser pour legitimer lesdicts enfans. Les parens l'avoient empesché pour deux raisons : l'une pour l'inégalité et prodigalité dudict Garsailles, l'autre pour ce que ladicte femme estoit tombée en demence.  »

La procédure qui nous intéresse aujourd’hui est riche et complexe. Afin de fixer le décor en deux mots : un couple vit en concubinage durant une bonne dizaine d’années. Ce couple illégitime est parfaitement toléré par la famille jusqu’à la demande en mariage.
Les parents multiplient alors les accusations et tentent de s’opposer autant que possible aux épousailles. Portée en justice, ce sont les médecins qui tranchent dans cette affaire de mœurs.

Acquis en 1895 par les Archives Départementales de Seine-Maritime, ce manuscrit composé de 216 folios - sans compter les annexes et l’index - n’a attiré l’attention des historiens qu’à la marge. Issu d’un Recueil d’arrêts du Parlement, ce document renvoie à une tradition apparue à la fin du Moyen Âge. D’une écriture fluide, on peut envisager une étude d’ensemble ou de cas, comme en témoigne cette affaire croustillante et d’un intérêt juridique certain.

Plus riche et dense qu’un aride registre du Parlement, cette oeuvre permet de cerner l’outillage juridique de l’époque moderne. Intitulée “question de mariage”, l’affaire touche directement les pratiques privées du XVIIe siècle. Ainsi, le Parlement de Normandie doit trancher quant à une procédure de contestation de mariage. Les parents d’un homme s’opposent à la publication de bancs de l’union envisagée avec une fille de paysan. Le fait de porter une affaire en justice n’a rien d’inhabituel.
Depuis 1556, les parlements de France et l’État s’emparent de la question sociale du mariage en prononçant l’illégalité des mariages secrets, c’est-à-dire les mariages contractés par un couple, et ce, sans le consentement parental. La même année, paraît un autre édit qui vise un “grave et détestable” crime de femme : la grossesse et l’enfantement clandestin. De plus, entre 1556 et 1639, une série d’édits se consacrent à la notion de consentement parental, à la publicité du mariage et introduit des sanctions contre les contrevenants.
À travers les affaires portées au Parlement, on peut constater de manière sensible de quelle manière l’État tente de gouverner la vie des individus et, en particulier, celles de femmes. Cette affaire rouennaise, montre à quel point le droit ecclésiastique s’oppose à la loi civile. Les tribunaux religieux tendent à considérer que le consentement du couple prime sur la célébration officielle.

Dans le cas qui nous intéresse ici, les jeunes gens ont vécu “longtemps” en concubinage avec une cohabitation librement choisie et la naissance d’enfants illégitimes. Ces pratiques sont tolérées et les fiançailles sur le tard possibles. Toutefois, l’affaire prend une autre dimension, dès lors que le mariage est réclamé. En d’autres termes, les déviances sexuelles sont acceptées socialement, du moment qu’elles restent dans la sphère privée et n’atteignent pas irrémédiablement l’honneur familial. À tel point que l’époux, “tant qu’il n’avoit parlé d’espouser cette femme”, “avoit esté estimé très sage et bon mesnager par ses parens”. Or, la procédure judiciaire engagée est grave et de conséquences.
Si le mariage est invalidé, l’époux risque une peine d’incarcération assez courte, alors que la jeune femme peut être condamnée à dix ou quinze ans d’enfermement, voire à une peine de réclusion à vie dans un couvent. Afin de mettre toutes les chances de leur côté, les parents accusent l’époux de dépenses excessives et de vie dissolue. On jète également l’opprobre sur la jeune femme que l’on juge “impudique” et “qu’on disoit estre publique”, ce qui revient à une accusation de prostitution.

Du côté des juges, les références antiques fusent pour démontrer que les enfants issus d’un couple “lubrique” et d’une “putain” ne peuvent être que “poltrons et pusillanimes”. Afin de prolonger l’analyse, d’autres magistrats considèrent que l’argument est valide puisque les Gaulois “estoient vaillans pour l’honnesteté et chasteté de leurs peres ès mariage”. L’affaire semble mal engagée d’un point de vue juridique, mais c’est sans compter sur l’intervention des médecins.
Selon Sophie Astier, Les Experts et autres fictions nous ont habitués à considérer l’expertise médico-légale comme un point central de toute enquête policière. Or, cette intervention des scientifiques dans le champ du droit est apparue progressivement dans les procédures et ce n’est pas un fait nouveau.
S’il faut attendre le siècle des Lumières pour que la médecine légale se constitue véritablement en tant que science, dans cette affaire de 1616, ce sont bien les médecins qui emportent le jugement :

"... or, les medecins assurent qu'une femme furieuse ne peut concevoir. La Cour a permis audict de Garsailles et à ladicte femme celebrer ledict mariage..."
"... or, les medecins assurent qu'une femme furieuse ne peut concevoir. La Cour a permis audict de Garsailles et à ladicte femme celebrer ledict mariage..."


Les scientifiques répondent à un enchaînement de questions posées par le procureur général. Suivez la réflexion intellectuelle :
1) le consentement au mariage a-t-il eu lieu avant ou après que la femme soit devenue folle ?
2) si elle était déjà folle, un nouveau consentement est-il nécessaire ?
3) il n’y a pas de preuve de la folie de cette femme, ce point est donc discuté en droit.
4) intervention des médecins qui assurent que la femme ne peut être folle dans le cas présent puisqu’elle “avoit eu un enfant depuis peu”.
Le lien entre enfantement et folie est ancien. Les médecins du XVIIe siècle repèrent dans l’Antiquité les premières descriptions de femmes “furieuses” et la psychanalyse trouve dans certains mythes l’origine d’une ambivalence ancestrale de la maternité. La science médicale fait alors largement référence aux médecins grecs (Hippocrate, Galien), latins (Soranos d’Ephese) et médiévaux (Avicenne) que l’on interprète. Encore au XVIIe siècle, la théorie dominante est celle d’une approche humorale de la maladie. Toutefois, si les déséquilibres des humeurs sont scrutés avec attention, on ne peut réduire la médecine de l’époque moderne au seul héritage.
La distinction entre l’esprit de la mère et de la femme repose donc sur la perception de l’accouchement et de l’allaitement, comme des phénomènes étranges. Pour la médecine des humeurs, la circulation et l’évacuation des fluides sont considérés comme nécessaires à la santé des hommes et des femmes. Par la maternité, de fait, on considère que la mère régule ses humeurs et ne peut être atteinte de folie.

Finalement, ce dernier élément emporte les voix d’une majorité de magistrats qui accordent le mariage et permet la légitimation des enfants issus de la relation illégitime entre les deux jeunes gens qui échappent à toute condamnation. De plus, l’affaire dépasse le cadre du couple et est importante pour l’ensemble de la famille puisque les “10 à 12 enfants” peuvent, une fois reconnus, prétendre à l’héritage. Enfin, avec ce cas spécifique, on devine parfaitement le conflit d’intérêt des parents que soulève Jacques Poërier en commentant cet arrêt du Parlement.
Issu d’une famille de la Manche, fils d’un contrôleur des Aides de Valognes, ayant commencé sa carrière en dehors du Parlement, ce président à mortier montre une réelle volonté de transmission de ses connaissances juridiques à sa descendance. Par cette démarche, le magistrat se fait arrestographe et ne se limite pas à de simples copies d’arrêts de la cour de souveraine dans laquelle il officie au quotidien. Il les adapte, il trie, il fait des choix et donne son avis juridique dans un écrit, strictement personnel qui n’a pas vocation à être publié. En somme, Jacques Poërier ne retient pas cet arrêt par voyeurisme mais pour sa valeur d’apprentissage.


Références :
- AD S-M, 28 F 62, « Recueil d’arrests donnés au Parlement de Normandie », par Jacques Poërier d’Amfreville, f° 41 et 42

- Francesca Arena, « La folie des mères », Rives méditerranéennes, Varia, 15 juin 2009 (http://journals.openedition.org/rives/2713)
- Sophie Astier, “Sherlock médecin : petite histoire de la médecine légale à l’époque moderne”, 6 mars 2015 (https://tresoramu.hypotheses.org/167)
- Fayçal El Ghoul, « Enfermer et interdire les fous à Paris au XVIIIe siècle : une forme d’exclusion ? », Cahiers de la Méditerranée, n° 69, 2004 (http://journals.openedition.org/cdlm/796)
- Bruno Lemesle (dir.), La Preuve en justice de l'Antiquité à nos jours, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2003 (https://books.openedition.org/pur/15825)
- Hélène Ménard et Marc Renneville, « Folie et justice, de l’Antiquité à l’époque contemporaine », Criminocorpus, 5 février 2016 (http://journals.openedition.org/criminocorpus/3144)
- Alessandro Pastore, « Médecine et droit, compétition ou collaboration ? », Histoire, médecine et santé, n° 11, 2017 (http://journals.openedition.org/hms/1077)
- Diane Roussel, « La description des violences féminines dans les archives criminelles au XVIe siècle », Tracés. Revue de Sciences humaines,n° 19, 2010 (http://journals.openedition.org/traces/4892)


[ Modifié: samedi 13 mars 2021, 23:09 ]
 
Avatar JF VIEL
par JF VIEL, samedi 21 novembre 2020, 11:14
Gratuit

Voici un document intéressant sur le plan généalogique : il s'agit d'arbres généalogiques qui explicitent la triple "parenté qui est entre le Roy et madame sa seur, avec le prince et l'infante d'Espagne". Le Roi est Louis XIII et sa sœur Élisabeth de France ; l'infant d'Espagne est le futur Philippe IV (qui n'a alors que 10 ans !) et l'infante sa sœur Anne d'Autriche.
Comme on le sait, une double alliance unira les deux familles, Louis XIII épousant Anne d'Autriche (28 novembre 1615 à Bordeaux) et Élisabeth de France épousant le futur Philippe IV (25 novembre 1615 à Bordeaux). Ces tableaux ont été réalisés à Poitiers en septembre 1615, préalablement au double mariage.
On y relève les liens de parenté tels qu'ils étaient comptés par le droit canon. Ce qui est très utile aux généalogistes.

Bibliothèque nationale de France, manuscrit français 6392.

[ Modifié: samedi 21 novembre 2020, 12:19 ]