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by Le Paleoblog - Tuesday, 19 January 2038, 3:14 AM
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Ce blog a pour objectif de vous faire partager les découvertes, les coups de cœur et les astuces de deux paléographes professionnels passionnés par leur métier.

Si vous aimez l’histoire, la généalogie, la paléographie, n’hésitez à parcourir régulièrement ce blog !


 

[ Modified: Tuesday, 29 May 2018, 2:21 PM ]
 
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by Le Paleoblog - Sunday, 3 March 2019, 11:13 AM
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L’une des grandes difficultés que rencontre quotidiennement le paléographe – de même que l’historien – est d’interpréter avec justesse le sens des mots qu’il a lus. Pour ce faire, et éviter tout contresens dommageable, il doit se débarrasser de ses références culturelles d’homme ou de femme du XXIe siècle, et se mettre dans l’état d’esprit de l’auteur du texte, c’est-à-dire dans le contexte culturel de l’époque de cet auteur ; dans le sillage de Lucien Febvre, les historiens parlent d’outillage mental. La tâche est parfois difficile et les erreurs d’interprétation sont hélas toujours possibles. D’autant que le sens de nombre de mots a évolué, générant de fâcheux « faux-amis ».
Prenons l’exemple d’une personne qui rencontrerait le mot « amour » dans un acte notarié de l’Ancien Régime et penserait être confrontée à la « violente passion que la nature inspire aux jeunes gens de divers sexes » (Furetière)[1].
Hélas pour le romantisme, le mot « amour » qui se relève assez régulièrement dans les austères formules juridiques des actes notariés, voire même dans les plumitifs des cours de justice de l’Ancien Régime, n’a rien à voir avec la belle définition de Furetière. Au début de l’époque moderne, « amour » avait certes déjà le sens que nous lui connaissons aujourd’hui. Mais, tout comme en latin (amor, oris, m.), il avait également une autre acception bien plus nuancée, celle d’une simple affection pour quelqu’un (amitié) ou pour quelque chose (intérêt, attrait). Le Dictionnaire Godefroy[2], en donne la définition suivante :
« Pour l’amour de quelqu’un, par la considération, par l’estime, par l’affection qu’on a pour quelqu’un. »
C’est naturellement dans ce dernier sens qu’il faut comprendre le mot « amour » rencontré dans les actes notariés et judiciaires.
Ce sens d’amitié simple s’était certes déjà perdu dans la langue courante de la fin du XVIIe siècle, au profit de notre définition actuelle. Il serait ainsi vain de rechercher dans un dictionnaire du Grand Siècle le sens ancien de ce mot. Mais il ne faut pas perdre de vue que la langue juridique a toujours été particulièrement conservatrice, et qu’au XVIIIe siècle encore, le mot « amour » était toujours utilisé dans les actes notariés dans son sens désormais vieilli.
A titre d’illustration, voici l’extrait d’un inventaire après décès parisien du début de l’année 1548 (n. st.), où il est question d’une donation faite un siècle plus tôt par « Charles de Mornay pour la bonne amour naturelle qu’il avoyt à Philbert Bastard de Mornay, son cousin ». Notons au passage qu’au singulier, le mot « amour » était toujours du genre féminin dans les textes de l’époque moderne.
Texte
Paris, 23 mars 1547 (1548 n. st.), Arch. nat., MC/ET/C/105

« Item ung mémoire en pappier non signé, dacté
 du XXIIIIe jour d’aoust mil IIIIC XLIX, par lequel appert
 Charles de Mornay, pour la bonne amour naturelle
 qu’il avoyt à Philbert Bastard de Mornay, son
 cousin, luy avoir donné l’hostel appellé l’hostel de
 Guigneville avec toutes les terres, prez, boys, cens,
 rentes, fiefz, arrieres fiefz, la justice qui y
 appartient, ensemble tous les aultres droictz
 quelzconques qui y appartiennent, ainsy que plus à plain
 appert par lesdictes lectres, inventorié au doz……VIxxXIX. »

L’expression « la bonne amour » apparaît assez fréquemment dans d’autres types d’actes notariés, notamment dans les donations :

texte 3

Eu, 3 septembre 1580, AD76, 2E14/744

…« Ceste donation faicte
 pour la bonne amour naturelle que ledict donneur
 porte ausdictes filles »…

Texte 2

Eu, 12 décembre 1596, AD76, 2E14/865

…« et de la part desdictz sieur et damoizelle
du Sauchoy a esté par eulx aussy dict et declaré
 que pour la bonne amour qu’ilz ont à ladicte
 damoizelle Ysabeau Le Goix et en consideration
 de sondict mariage, qu’ilz luy avoient et ont par ces
 presentes donné, ceddé, quicté et transporté »…
Sont également concernés les testaments, où des legs particuliers pouvaient être consentis par le testateur pour « la bonne amour qu’il porte » à tel parent ou à tel ami. Et encore les transactions, où l’on relève souvent la formule « pour nourrir paix et amour ensemble ».
Cette acception désuète du mot « amour » n’a d’ailleurs pas échappé à Nicolas Buat et Evelyne Van den Neste qui, dans leur excellent Dictionnaire[3], rappellent que ce mot avait, dans les actes notariés, le sens d’affection, de charité civile, et renvoient à l’article amitié.

Jean-François Viel

[1] Antoine Furetière, Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts, Rotterdam, 1690, vol. 1.
[2] Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Paris, 1895, tome VIII, Complément 1, p. 111, col. 3.
[3] Nicolas Buat et Evelyne Van den Neste, Dictionnaire de paléographie française, Paris (Les Belles Lettres), 2016, p. 41.


[ Modified: Sunday, 3 March 2019, 11:15 AM ]
 
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by Le Paleoblog - Sunday, 3 March 2019, 9:29 AM
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Pour illustrer l’affaire des possédées de Loudun, rien de mieux que ces signatures du pacte supposé du prêtre Urbain Grandier avec le diable. Tout y est pour faire illusion : une graphie particulière, des fourches et des dessins énigmatiques. Faux grossier, produit en justice, ce document démontre parfaitement la situation ubuesque de ce procès en sorcellerie. L’affaire des possédées de Loudun est, sans doute, l’un des cas les mieux documenté. Celle-ci éclate au cœur de l’épidémie de sorcellerie mis en avant par Hugh Trevor-Roper qui frappe le royaume de France de 1560 à 1650. Ainsi, le cas de Loudun n’est pas sans en rappeler d’autres célèbres, telles que la possession de Marthe Brossier en 1599 ou celles d’Aix (1610-1613) et de Louviers (1633-1647).
Si, progressivement au cours du XVIIe siècle, le rôle joué par les juges dans ce type de procès provoque de plus en plus l’abandon des poursuites, dans les années 1630, nous sommes encore au cœur d’une justice d’exception. Justice d’exception puisqu’elle ne suit pas le cours « normal » d’un procès civil, nous sommes donc confrontés à une situation hors norme. Les problèmes d’interprétations posés par l’histoire de la sorcellerie et de sa répression ne cessent d’interpeller les historiens. La sorcellerie est donc au centre de l’attention des historiens, comme en témoignent les nombreux ouvrages et publications qui se succèdent sur le sujet depuis la publication de Michel de Certeau en 1969. Ainsi, on note le travail conséquent de Robert Mandrou sur le sujet ou encore l’apport de Carlo Ginzburg. Ce dernier voit dans la sorcellerie une formation culturelle organisée autour d’une croyance dans un complot et, il faut bien le souligne, l’affaire de Loudun n’en est pas dénuée. Loudun est ce que l’on peut qualifier une « frontière de catholicité ». 
Nous sommes aux confins du Poitou et de la Touraine. Loudun, parfois qualifiée de « deuxième La Rochelle » (bien qu’elle n’ait pas subi le même sort dramatique que le port protestant), est une ville aux fonctions administratives et judiciaires. Il s’agit d’un centre intellectuel, une cité prospère et surtout, elle aussi, est une place de sûreté dans une province marquée par la Réforme. Par ailleurs, cette ville est à proximité de la ville neuve de Richelieu et subit une ponction à cette occasion. Ainsi, Richelieu est édifiée entre 1631 et 1642, elle porte l’empreinte de son fondateur et commanditaire, le cardinal de Richelieu. Conçue suivant le principe de la « cité idéale », elle est basée sur un plan en damier. 
Les années 1630 marque donc un profond bouleversement pour la ville et c’est à cette occasion que Jeanne des Anges porte des accusations en sorcellerie suivant un modèle classique. Ainsi, la prieure des ursulines de Loudun jure que le curé de St-Pierre, Urbain Grandier, l’a ensorcelée au même titre que sa communauté. L’affaire locale prend vite un tour national puisque Grandier est ennemi du cardinal Richelieu et celui-ci pousse à la condamnation.

Portrait

Portrait d'Urbain Grandier (1627)

Tout au long de la procédure judiciaire qui va le broyer, Urbain Grandier reste inflexible. Alors même que la décennie 1630 est marquée par les répercussions du siège de La Rochelle qui illustre la volonté royale d’imposer le catholicisme et de rogner les droits accordés par la mise en place de l’Édit de Nantes, ce prêtre cadre mal avec la réforme catholique. Qui est Grandier ? Urbain Grandier n’avait rien pour « entrer dans l’histoire », a priori. Né vers 1590, il n’est qu’un simple prêtre dans une paroisse urbaine d’une ville secondaire du royaume de France. Fils d’un notaire, il est nommé à l’âge de 27 ans comme curé de cette église et devient chanoine de l’église de Sainte-Croix de Loudun, à partir de juillet 1617. Toutefois, Grandier dérange. Ses sermons attirent les foules et son profil de séducteur fait de lui un tombeur de femmes. Il est responsable de la grossesse de la fille du procureur du roi, alors âgée de 15 ans. Il devait seulement lui enseigner le latin et finit par l’abandonner pour se mettre en ménage avec une orpheline, issue de la haute noblesse et destinée à la religion. Grandier construit alors tout un argumentaire, à travers un Traité contre le célibat des prêtres, pour justifier sa conduite. Iconoclaste, il ne peut que se heurter à la position de l’Église engagée dans la Réforme avec le Concile de Trente. S’il est arrêté pour débauche, celui-ci gagne son procès et revient à Loudun. Démarché par la supérieure du couvent des Ursulines de Loudun, Jeanne des Anges, qui lui propose de devenir le confesseur de la communauté, Grandier se récuse et la supérieure porte son choix sur le chanoine Mignon, ennemi de Grandier. 
C’est le début de l’affaire puisque durant une dizaine d’années, le confesseur des Ursulines ainsi que nombre de notables vont s’attaquer à Grandier en multipliant les procédures judiciaires et en s’attaquant aux mœurs du curé. Par ailleurs, celui-ci s’était aussi montré discourtois envers Richelieu, alors qu’il n’était pas encore cardinal. Toutefois, en lui prenant la préséance lors d’une cérémonie, Grandier s’en est fait un ennemi. Le cardinal l’avait sans doute oublié, mais dans les années 1630, Richelieu souhaitait faire abattre le château et une partie des remparts et… Grandier s’y oppose publiquement. Mal lui en a pris!

Portrait 2

Portrait de Jeanne des Anges

Jeanne des Anges, née Belcier en janvier 1602, est issue d’une famille de petite noblesse de Saintonge. Après un accident de jeunesse, elle demeure handicapée toute sa vie. Dès l’âge de 5 ans, elle subit une instruction religieuse auprès de ses tantes maternelles, bénédictines à l’abbaye royale de Saintes. Si elle a une instruction rudimentaire, elle maîtrise le latin. Supportant mal les contraintes des règles de Saint Benoît, elle rejoint finalement le noviciat des Ursulines de Poitiers, soumises à la règle de Saint Augustin, en 1622. Un an plus tard, elle prononce ses vœux et prend le nom de Jeanne des Anges. Sa vie est alors jugée inconvenantes et elle-même en convient puisqu’elle écrit que « j’ai donc passé ces trois années en grand libertinage ».
En 1627, lorsque le couvent de Loudun est créé, elle fait partie du groupe des fondatrices et parvient à se faire nommer prieure. C’est à ce moment et alors même qu’elle ne connait pas Grandier personnellement, qu’elle en vient à l’accuser. Pour autant, à la mort de Grandier, les signes de possession ne cessent pas. À partir de la fin des années 1630, la soeur devient de plus en plus pieuse, voire mystique, et tout rentre dans l’ordre dans le couvent. Son accusation est reprise par nombre d’Ursulines. Au total, neuf religieuses Ursulines seraient possédées ainsi que trois religieuses séculières. À l’image de Jeanne des Anges, toutes accusent Grandier. Poussant des cris, elles appellent le prêtre “leur maître”. L’interrogatoire de Grandier révèle aussi que « toutes les autres possedées firent des cris et des diableries qu’on ne sçauroit exprimer ». De plus, leur exorcisme en public attire une grande foule qui vient tant pour le spectacle que pour se faire peur. Au coeur d’une société très cadrée, ces corps qui se déhanchent dans des positions suggestives et l’expression de propos scandaleux ne peuvent qu’éveiller la curiosité. La ville se divise entre partisans de Grandier et pro possession... l’affaire fait grand bruit!
On peut alors s’interroger quant à l’intérêt de porter de telles accusations pour ces religieuses. Le simple refus de Grandier de devenir confesseur de la communauté ou le cas psychiatrique de Jeanne ne suffisent pas. Or, le couvent est dans une situation financière très délicate. La reconnaissance d’une possession permet à la communauté de bénéficier d’une pension royale conséquente. Et pour cause, durant quelques années, les Ursulines de Loudun ne recrutent plus et n’ont pratiquement plus de donation. Certaines soeurs accusatrices considèrent même que le chanoine Mignon les aurait incitées à enfoncer le prêtre. De plus, cette affaire donne à Jeanne des Anges une réputation exceptionnelle. Officiellement “convertie” en 1637, elle entreprend un tour triomphal du royaume de France l’année suivante. Considérée comme une thaumaturge et une miraculée.
Accusé une première fois, Grandier est acquitté, avant que la procédure ne soit relancée par l’intervention royale. Passé à la question (doux euphémisme pour parler de torture), Grandier fait preuve d’une étonnante résistance. Il ne cesse de nier les accusations. Néanmoins, cette fois, rien ne peut arrêter le cours de la justice et sa condamnation à mort est inévitable. Un tribunal d’exception sous-entend la certitude de la condamnation et l’affaire de Loudun se déroule donc logiquement. Le 18 août 1634, le prêtre est envoyé au bûcher après avoir été reconnu coupable.
Les controverses suscitées par l’affaire des possédées de Loudun contribuent puissamment à la mise en cause des procès en sorcellerie en France. Si la ville est déjà menacée par l’accroissement de la concurrente et voisine Richelieu, son sort s’aggrave encore à partir de l’été 1632 et les scènes de possession du couvent des ursulines. Toute l’affaire est terminée dès 1634, au moment même où l’entrée ouverte dans la guerre de Trente ans devient inéluctable et après la « journée des dupes ». Cette affaire est l’occasion pour le pouvoir de montrer qu’ils agissent fermement sur le front intérieur, en champions du catholicisme. En somme, la ville de Richelieu, symbole de la puissance du cardinal, devient l’instrument de la reconquête catholique et doit l’emporter sur Loudun. La décennie 1630 est aussi marquée par un fléchissement de la monarchie sur ses bases puisque l’absence d’héritier mâle ne cesse de favoriser l’émergence de conflits et de complots. D’une santé fragile, Louis XIII réchappe de la mort à plusieurs reprises et ses relations difficiles avec la reine nourrissent perpétuellement l’espoir des prétendants au trône.
Finalement, l’affaire des possédées, c’est l’incarnation même de l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Ce n’est pas sans rappeler le même type de procédés dans le cadre du tribunal de l’Inquisition qui est – à l’occasion – utilisé pour servir des intérêts commerciaux. Urbain Grandier subit, ici, manifestement une convergence d’intérêts particuliers qui le conduisent directement au bûcher.

Baptiste Etienne

Source : 
- Collin de PLANCY, Dictionnaire infernal ou bibliothèque universelle, sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses qui tiennent des apparitions, à la magie, au commerce de l’enfer, aux divinations…, Librairie universelle de P. Mongié, aîné, Paris 1826
En ligne : http://www.bmlisieux.com/galeries/dictinf/dictinf.htm

Bibliographie :
- Annie ANTOINE, « Ville neuve et géographie des pouvoirs : l’intégration de Richelieu dans le système urbain régional et ses conséquences », dans Vivre en Touraine au XVIIIe siècle, 2003, p. 193-303
- Michel CARMONA, Les Diables de Loudun – Sorcellerie et politique sous Richelieu, Paris, 1988
- Michel CARMONA, Sœur Jeanne des Anges : diabolique ou sainte au temps de Richelieu?, André Versaille éditeur, 2011
- Michel de CERTEAU, « Une mutation culturelle et religieuse : les magistrats devant les sorciers au XVIIe siècle », Revue d’histoire de l’Eglise de France, 1969
- Michel de CERTEAU, La possession de Loudun, 1970
- Carlo GINZBURG, Les Batailles nocturnes, Sorcellerie et rituels agraires aux XVIe et XVIIIe siècles, 1980
- ID., Le Fromage et les vers – L’Univers d’un meunier du XVIe siècle, Paris, 1980
- Thérèse GRIGUER, « Historiographie et médecine : à propos de Jeanne des Anges et de la possession de Loudun », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1992, p. 155-163
- Sophie HOUDARD, « La sorcellerie ou les vertus de la discorde en histoire – Réception et influence de Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle », Les cahiers du Centre de Recherches historiques, 1997
 - Sophie HOUDARD, « La possession de Loudun (1632-1637) – Un drame social à l’épreuve de la performance », Communications, n° 92, 2013, p. 37-49
 - Robert MANDROU, Magistrats et sorciers au XVIIe siècle, Paris, 1980
- Robert MUCHEMBLED, Sorcières, justice et société au XVIe et XVIIe siècles, 1987
- Hugh R. TREVOR-ROPER, De la Réforme aux Lumières, Paris, 1972

[ Modified: Sunday, 3 March 2019, 10:06 AM ]
 
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by Le Paleoblog - Wednesday, 6 June 2018, 12:56 PM
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Alors, ça y est, c’est le premier anniversaire de Paleo-en-ligne.fr !
Et il est grand temps de faire le point. Ce projet, c’est d’abord une amitié. Celle de deux professionnels – Jean-François Viel et Baptiste Etienne – qui se sont lancés contre vents et marrées dans une aventure en partenariat. Tout est né de l’envie de transmettre notre passion : la paléographie.
Proposer un enseignement digne de ce nom et accessible à tous. Notre rêve, nous l’avons réalisé !
À l’heure actuelle, Paleo-en-ligne.fr c’est deux niveaux d’enseignement (Novices et intermédiaires), trois Paléo+ portant sur des thèmes (abréviations, ligatures et généalogie). Ce sont aussi des exercices adaptés et des corrections détaillées. Bref, nous avons réussi ce que nous voulions : proposer à tous une formation complète et accessible. Sans compter que vous ne trouverez cela nulle part ailleurs !



Paleo-en-ligne.fr

Paleo-en-ligne.fr, c’est aussi une mise à jour du site. Alors bien sûr, le site est “plus beau”, c’est ce que tout le monde peut constater de l’extérieur, mais il est aussi plus rapide et cela nous offre toute une palette d’améliorations pour l’avenir.
Nous nous sommes attelés à mettre en place des tutoriels très complets pour vous permettre de prendre en main facilement notre plateforme. Et c’est sans compter notre service client qui s’est montré à la hauteur chaque jour.
Paleo-en-ligne.fr, c’est encore la mise en place d’un cycle d’initiation gratuit. 12 vidéos et des articles portant sur divers sujets (les abécédaires, la différence entre le s et le f, les petites erreurs à éviter...). En somme, tout un arsenal pour vous permettre de débuter la paléo à votre rythme et depuis chez vous !


Conseils
Cycle d'initiation

Vous avez pu le constater au cours de l’année écoulée, nous nous sommes efforcés de rester à l’écoute de vos envies et de vos besoins pour améliorer continuellement notre service. Nos outils paléographiques (Glossaire & biblio) ont été développés. C’est ce qui explique la mise en place de gigantesques bases de données.
Celles-ci permettent à tous nos apprenants de chercher eux-mêmes des solutions lorsqu’ils rencontrent des difficultés dans les archives. Des milliers de mots, de lettres, de ligatures, d’abréviations... sont concentrés en un seul endroit. Nous avons aussi créé un glossaire composé déjà de plus de 400 termes et dans lequel nos apprenants peuvent ajouter leurs propres mots et définitions.



Paléographie (Aide bénévole)

 

Le partage de notre passion, ce n’est pas que Paleo-en-ligne.fr, c’est aussi son extension bénévole avec la création d’un groupe d’entraide sur les réseaux sociaux : Paléographie (Aide bénévole). Inutile de dire que nous avons été surpris par sa réussite ! Des centaines de membres en l’espace de quelques semaines.
C’est véritablement notre petit paradis : de la bonne humeur, de l’humour, de la compétence... que demande le peuple ? Si on devait résumer : tout cela, c’est pour vous. Les apprenants et le public sont manifestement au rendez-vous, des mentions j’aime, une confiance de tous les instants et un franc soutien. Aucun doute, tout cela... c’est grâce à vous !
Alors, on ne vous remercie jamais assez mais, cette fois, cela nous semble essentiel. En avant donc pour une nouvelle année que nous souhaitons aussi riche que la précédente !

J-F & Baptiste

 

Bon anniversaire
Paleo-en-ligne

Un grand merci à Gérard Caye pour cette jolie illustration !

 

[ Modified: Sunday, 3 March 2019, 9:08 AM ]
 
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by Le Paleoblog - Tuesday, 29 May 2018, 11:57 AM
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En paléographie, on fait le distinguo entre les écritures posées, ou calligraphiées par un maître écrivain disposant de tout son temps, et les écritures cursives, tracées rapidement par un clerc pris par l’urgence de son activité professionnelle (notaire, juriste, etc.). La très grande majorité des documents manuscrits conservés aux Archives ou en bibliothèque appartiennent à la seconde catégorie, celle des écritures cursives.
Pour déchiffrer un texte manuscrit de l’époque moderne (XVe-XVIIIe s.), le paléographe doit oublier ses automatismes actuels et « réapprendre à lire » : il lui faut assimiler non seulement la forme des lettres anciennes, mais aussi la façon dont elles étaient reliées entre elles (ligatures) et le système par lequel les clercs d’autrefois abrégeaient les mots. L’acquisition de ces trois éléments indissociables – lettres, ligatures et abréviations – permet une lecture aisée et globale des mots qui composent un texte manuscrit ancien, tout comme on ne décompose pas lettre à lettre les mots d’un texte d’aujourd’hui. 
La paléographie est ainsi un instrument indispensable pour qui veut pénétrer dans l’univers des recherches historiques ou généalogiques, et accéder aux sources dont ces recherches se nourrissent.

À titre d’exemple, voici un extrait tiré d’un inventaire après décès parisien de 1599, parfaitement représentatif des écritures cursives de cette époque.

« Item ung bail faict par ledict deffunct Robert Le Maistre
à Crestien Le Maistre, laboureur demourant à la Fontayne Bellanger,
de troys accres troys verges de terre labourable
en plusieurs pieces, assis au terrouer dudict lieu de la Fontayne,
dicte parroisse, et ledict bail faict tant aux charges
y declarées que moyennant la quantitté de dix huict boisseaulx
de froment de la grande mesure de Louviers, à ung
sol près du meilleur, payables au terme et ainsy
qu'il est declaré audict bail signé Chappelain et Thevenain
datté du XVe mars mil Vc IIIIxx XVII, inventorié au dos
................................................................XXI. »

 

Jean-François Viel

 
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by Le Paleoblog - Tuesday, 29 May 2018, 11:53 AM
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Les écritures des registres paroissiaux ne sont pas les plus difficiles à déchiffrer, loin s’en faut. Le vocabulaire et les formules qui y sont employés sont très restreints et répétitifs. Beaucoup plus diversifiés sont les actes notariés, aux nuances juridiques infinies, et donnant souvent lieu à des écritures particulièrement cursives. On en a déjà vu sur ma page professionnelle quelques exemples.
Toutefois le summum de la difficulté paléographique se trouve sans doute dans les plumitifs des cours de justice, où les clercs écrivaient à la vitesse de la parole. Les mentions apposées en marge des pièces de procédure et des sentences, notamment, sont particulièrement difficiles à déchiffrer.
En voici un court exemple avec la mention apposée au bas d’une sentence d’homologation prononcée par le lieutenant civil du Châtelet de Paris en 1585 :

Arch. nat., Y 3879

 

« Prononcé audict Courtin en personne le mercredy XXXe et penultime jour de janvier M Vc IIIIxxV.
Baillé mynutte au greffe. »
Les difficultés de lecture que générait ce type d’écriture – et les erreurs qui en résultaient – conduisirent les autorités à prendre des mesures de simplification. Après que les meilleurs maîtres écrivains de l’époque aient été consultés, un arrêt fut rendu le 26 février 1633 par le Parlement de Paris, qui limitait les écritures autorisées à deux types : la ronde ou française pour les professionnels de l’écriture, et la bâtarde ou italienne pour les lettrés.
On notera cependant que la ronde allait elle-même évoluer vers une écriture aux boucles abondantes, rendant encore difficile la lecture des actes notariés et judiciaires à la fin du XVIIe siècle, et même parfois au siècle suivant.

Jean-François Viel

Bibliographie sommaire :
Claude Mediavilla, Calligraphie : du signe calligraphié à la peinture abstraite, Paris (Imprimerie nationale), 1993
Claude Mediavilla, Histoire de la calligraphie française, Paris (Albin Michel), 2006
Nicolas Buat et Evelyne Van den Neste, Manuel de paléographie française, Paris (Les Belles Lettres), 2016

[ Modified: Tuesday, 29 May 2018, 11:54 AM ]
 
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by Le Paleoblog - Tuesday, 29 May 2018, 11:14 AM
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De manière générale et contrairement aux idées reçues, le statut de la veuve permet un certain maintien de rang social. Elles bénéficient de diverses formes de solidarité au sein des corporations de métiers ou des confréries religieuses. Toutefois, la question financière demeure alors que près de 30 % des Rouennaises de la seconde moitié du XVIIe siècle meurent après leurs maris.
Le veuvage entraîne t-il un déclassement économique ? La réponse à cette problématique est complexe, en raison d’un manque de sources fiscales, de livrets de compte ou de toutes autres documents permettant une approche macroéconomique de la situation des femmes seules. Prenons l’exemple de Nouelle Jouane (1605-1668), évoquée quelques mois après son décès à l’âge de 63 ans par son neveu Robert de La Fosse :
« Il ne faut pas vous imaginer que vostre maison fust en l’estat qu’elle est sans
l’assistance & assiduité de v(otre) f(rere) dans la boutique. Ma tante ayant esté
presque tousjours malade & sans beaucoup de santé depuis vostre dernier depart,
c’est beaucoup en faire de vous avoir tous eslevés & nouris. […]
Vous devés sçavoir, la bone femme s’estant embarasséz
plus(ieurs) fois de marchandise sans la vendre et je peus dire,
sans reproche, que sans mon assistance en diverses rencontre elle eust esté
assés empeché
»

Par la correspondance de ce marchand mercier, on sait que dans l’année qui précède son décès celle-ci est malade « de la goutte ordinaire & d’une siatique dans les rains, dont elle souffre beaucoup ». Durant une vingtaine d’années, elle est veuve d’un marchand mercier, Thomas de La Fosse, et elle reprend alors l’établissement familial à son compte.
En octobre 1651, en tant que tutrice des enfants mineurs, elle en est encore à tenter de solder les affaires de son époux décédé depuis plus d’une dizaine d’années. Ainsi, elle cherche à recouvrer 295 livres que lui doit un marchand de Flavacourt. Toutefois, afin de maintenir la boutique à flot, elle est contrainte de s’appuyer sur l’un de ses fils et son neveu, alors que son autre fils est installé à Cadix.
Cette femme joue alors un rôle important dans l’activité familiale en tant qu’intermédiaire avec plusieurs marchands. Comme de nombreuses veuves, elle s’implique dans le commerce et on perçoit son inquiétude lorsque les affaires ne se déroulent pas comme prévu et, notamment, alors que l’un de ses fils perd la somme considérable de 60 000 livres en l’espace de six années. A son décès, elle n’a manifestement aucune dette majeure et dispose de biens meubles et de marchandises, dont des “boucaux de piques” et de la toile qui sont retirés de l’inventaire à cause des créanciers. Par ailleurs, son cas rappelle ceux étudiés par André Lespagnol qui signale 10 % de veuves parmi les négociants Malouins. Celles-ci mènent de vastes opérations commerciales, parfois risquées, comme le montre la faillite retentissante de l’une de ces femmes en 1715.  
Le décès de Nouelle Jouanne laisse apparaître qu’elle est le véritable ciment du noyau familial puisqu’il provoque une profonde discorde entre ses deux fils au sujet d’une bourse qu’elle aurait constitué pour Jacques de La Fosse, alors installé en Espagne. Anticipant des tensions entre ses deux fils, l’objectif de cette pensée particulière est bel et bien d’éviter tout procès. Or, la disparition de cette bourse entraîne un conflit et les deux frères cessent alors tout commerce ensemble. Se joue peut-être ici le rôle de chef de famille, remis en cause en raison du décès d’une veuve et du non respect de sa volonté d’un partage égal entre ses deux héritiers.
S’il reste difficile d’établir la situation exacte de Nouelle Jouanne lors de son décès, sa reprise d’une activité marchande est loin d’être un cas isolé.  Ainsi, de 1625 à 1655, les veuves représentent environ 27 % des demandes d’occupation de places dans la halle aux blés, située à proximité des quais au sud du Castrum de Rouen. Après 1625, l’année 1650 est la plus exceptionnelle de ce point de vu puisque trois veuves obtiennent des places. Parmi elles, la protestante Judith Cossart (1602-1684) se voit accorder en juin 1650 le droit « d’occuper sa vie durant » l’espace de vente d’Alexis Le Comte (1590-1650) qui était l’un des anciens marchands de grains. Moins d’une dizaine de jours après son décès, Judith reprend donc la place que son mari avait obtenu en février 1626 à la suite de sa mère, Susanne Le Sueur, « l’une des anciennes marchandes de grains ». Le rôle de la femme - et plus encore de la veuve - est donc de maintenir la place aux mains de la famille. Tout relâchement de ce point de vue entraînerait une forme de déclassement de l’affaire familiale puisque la place serait distribuée à un autre marchand. En parallèle, à la fin du mois de juin 1650, le fils de Judith et d’Alexis reprend la place vacante depuis quatre ans de Michel, son oncle. Ainsi, il convient pour cette famille de marchands de sécuriser deux places vacantes le même mois. Ces exemples de veuves-marchandes invitent donc à réviser notre vision de la solitude féminine et de la déchéance sociale qu’elle pourrait entraîner. Durant l’époque moderne, la veuve a un véritable rôle social et économique. Elle accède à une certaine forme d’indépendance, mais c’est d’autant plus vrai dans un secteur d’activité sans corporation et moins réglementé.
    

Baptiste Etienne


Source :
- AD S-M, 1 ER 2057, Livre de copies - Lettre de commerce de Robert de La Fosse, marchand mercier grossier
- AD S-M, 2 E 2 2448, Tabellionage, actes du 10/10/1640 et 2 E 1 2471, acte du 04/10/1651
- AD S-M, 3 E 1 ANC 172, Hôtel de ville - Halle aux grains, actes du 07/02/1626, du 14/06/1650 et du 18/06/1650

Bibliographie :
- Scarlett BEAUVALET-BOUTOUYRIE, Être veuve sous l'Ancien Régime, Paris, Belin, 2001
- Scarlett BEAUVALET-BOUTOUYRIE, "La femme seule à l'époque moderne : une histoire qui reste à écrire", Annales de Démographie Historique, 2001, p. 127-141
- Laurence CROQ, "La reprise des commerces en difficulté, l'exemple de la mercerie parisienne de Louis XIV à la Révolution", L'échec a-t-il des vertus économiques ?, Congrès de l'Association française d'histoire économique des 4 et 5 octobre 2013, Institut de la gestion publique et du développement économique, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, coll. "Histoire économique et financière XIXe-XXe", Paris, 2015
- Christine DOUSSET, "Commerce et travail des femmes à l'époque moderne en France", Les Cahiers de Framespa, 2006 (http://journals.openedition.org/framespa/57)

 
Anyone in the world

« (Jeanvier 1709)

L'iver a esté très exstraordinairement rude par
tout l'Uroppe que de vie d'homme l'on n'a veu un
pareil iver, sy long, aÿant continué à Rouen par 5
fois, de sorte qu'après Pacque l'on ce choffoit. Ce quÿ
a caussé disette de bois, manques de travail, tout
aresté, les vivres manques, pour les chemins inpratica-
ble, par les grande naige qui ont tombé, donc jamais
son pareil, grose eauxs pasable qui a duré 3 semaine plus-
ieurs mords de froit, pieud, mains gelléz, charté de bois.
Ce quÿ valloit 14 s. a esté vendu 45 s. à 50 s. C'est ensuivÿ, au
commensement d'avril, charté de grains, de vivres. Le pain
de 3 s. 6 d. à 15 s. et 18 s., les 6 marques ou 6 lt. la viande. De mesme,
sidre, vin, eau de vie, rencherie de plus d'une motié, pouvre-
té, misere, argen tres court, pettite gangne, métier demeurés
plain de pouvre, forse hause, drois d'entrée sur tout quÿ mine
& reduict le peuple à l'exstremité, gaierre contre l'Alemangne,
l'Engleterre, Holande, Portugal (...) »
En quelques lignes, on découvre tout l'effroi de Jacques Papavoine (1648-1724) confronté au Grand Hiver de 1709. Ce marchand mercier, puis courtier, est enregistré comme bourgeois de Rouen. Celui-ci est connu grâce à la rédaction de son Livre de raison. Il rédige régulièrement ce manuscrit sur une période allant de 1655 à 1723 et dans lequel il évoque ses affaires commerciales, mais aussi les événements du quotidien.
Son récit du mois de janvier 1709 est – c'est le moins que l'on puisse dire – relativement confus. Il évoque sans transition le froid, la cherté, les impositions, ainsi que les guerres.
Et pour cause, la guerre de Succession d’Espagne, entamée dès 1701 par Louis XIV s’enlise, faisant augmenter les prélèvements fiscaux et freinant considérablement l’activité économique du royaume. Dans ce mélange de complaintes, le trouble de ce marchand est des plus sensible. Qu’est-ce qu’il se passe lors du Grand Hiver 1709 ?
Comme le souligne Jacques, un grand froid touche l'Europe entière de la Scandinavie à la Méditerranée durant au moins quatre mois. Cette année glaciale succède à plusieurs années clémentes de 1701 à 1708, mais se situe dans une période plus large de climat capricieux. Concrètement,  entre 1630 et 1730, le climat est au cœur d'une courbe séculaire relativement moyenne à bonne. Toutefois, les années 1687-1700 constituent un bloc d'années froides avec une différence de 1,3 C° inférieure par rapport à la moyenne. Cela peut paraître faible, mais sur une période aussi courte c'est énorme puisqu'un dixième de degré peut faire varier d'un jour la date des moissons ou des vendanges. 1,3 C° de moins, ce sont des récoltes retardées de deux semaines en moyenne.
A l'échelle du royaume, l'hiver 1709 fait suite à un automne 1708 déjà rigoureux. En janvier, un froid vif s'installe subitement. Le 5 janvier, il fait encore +10,7 C° à Paris et -3,6 C° dès le lendemain. Jusqu'à la fin du mois de mars le froid persiste et, entre janvier et février, il fait en moyenne -20 C° en Île-de-France. La neige couvre presque entièrement le royaume et les eaux des fleuves et rivières débordent et gèlent en transformant les plaines en vastes glacières.
Jacques Papavoine est loin d'être le seul à évoquer cet événement majeur de l'histoire de France et il ne peut être suspect d'exagération.  S’il évoque cinq vagues de froid, l'historien Michel Lachiver n’en retient que quatre grands épisodes de froid consécutives à l’échelle du royaume. Le nord de la France a été particulièrement touché, mais le Grand Hiver frappe l’hexagone de manière généralisée. A Versailles, Louis XIV, lui-même, est contraint de rester cloîtré du 8 au 17 janvier ce qui « l'incommode, un peu, de ne point prendre l'air ». Il ne peut aller se promener à Marly que le 18 et le lendemain à Trianon. Pour le commun, la vie quotidienne est paralysée par le froid durant plusieurs jours et il gèle même dans les maisons, au coin des cheminées. Dans la suite de son évocation du Grand Hiver et de ses conséquences, Jacques Papavoine ne cesse de se plaindre de l'augmentation des impôts et d'une justice abandonnant « le tout en proÿe au plus forz ; parjures, fraude, subtillitéz, nulle consianse, sans charité, médisance, usure et autres genre de vivre sont dit usagé pour persécuter le juste ».
 

Baptiste Etienne


Source :
- BM Rouen, Ms. M. 281, Livre de raison, par Jacques Papavoine, f° 136

Bibliographie :
- Michel DERLANGE, « Aspects et conséquences d’une crise sur le temps long », Cahiers de la Méditerranée, 74 (http://cdlm.revues.org/2173-)
- Olivier JANDOT, « Les gens simples face à l'hiver (XVIe siècle-XVIIIe siècle) », Colloque qui s'est tenu les 26 et 27 septembre 2017 à la Fondation Singer-Polignac (https://vimeo.com/236119785)
- Marcel LACHIVER, Les années de misères – La famine au temps du Grand Roi, Fayard, Millau, 1991 

[ Modified: Tuesday, 29 May 2018, 11:03 AM ]
 
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by Le Paleoblog - Tuesday, 29 May 2018, 10:41 AM
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À l’image du pont de bateaux, les quais de Rouen sont un espace de l’entre-deux qui voient se développer des activités interlopes et criminogènes. Prenons l’exemple d’un crime commis sur les quais en mars 1651. À l’occasion de cette procédure, le voiturier Guillaume Aleaume est accusé de violences, « avec injures et grand scandale », envers le sergent Sebastien Descambosc.


Ce dernier souhaite alors placer une caisse de savon, qui n’avait pas encore fait l’objet d’une taxation, sous la garde du voiturier. Or, ce dernier aurait alors demandé « as-tu de l’argent pour me payer ? ». Malgré les protestations du sergent, affirmant être en mesure de régler cette charge, Guillaume Aleaume aurait entraîné un attroupement en refusant la garde et en déclamant « va t’en à La Bouille » ! Par la suite, le sergent est molesté par la foule « par forme de risée ». Déjà, en janvier de la même année, Nicollas de Bouelle, le serviteur de Guillaume Aleaume, était accusé d’homicide envers Pierre Duchesne, probablement domestique lui aussi. Cette affaire, parmi d’autres, révèle l’importance des personnels dédiés à la gestion et au maintien de l’ordre dans cet espace spécifique. Ainsi, l’administration de la police sur les quais ne relève – en théorie – que de la vicomté de l’eau.

Or, que signifie cette expression « va t’en à La Bouille » ? Il faut consulter l’interrogatoire du voiturier pour en comprendre tout son sens. Renvoyant à la paroisse de La Bouille, située à 25 km de Rouen, cette expression signifierait « va te f[air]e foutre » et a été reprise en cœur par la foule, afin de se moquer du sergent.

 

Baptiste Etienne

 


Sources :
- Archives Départementales de Seine-Maritime, 6 BP 138, Vicomté de l’eau, acte du 22 mars 1651; « Pour violence commise à Sebastien Descambosc, sergent de la viconté de l’eaue sur lesquels par des voituriers et brouettiers », acte du 3 mars 1651; « Comparence personnel pour crime commis sur le quay », acte du 18 mars 1651 ; « Minutte de contumace à baon contre François de Bouelle pour homicide », 1651

[ Modified: Tuesday, 29 May 2018, 11:04 AM ]
 
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by Le Paleoblog - Tuesday, 29 May 2018, 10:32 AM
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Nous avons tous remarqué au bas des actes produits aux XVIe et XVIIe siècles des signatures d’une grande diversité : parfaitement maîtrisées et pourvues de savants paraphes pour les lettrés, plus souvent assez hasardeuses pour la majorité de la population, ou parfois réduites à de simples croix pour les illettrés. Mais quel que soit leur niveau d’alphabétisation, certains de nos ancêtres se singularisaient au moyen d’une marque professionnelle. Il s’agissait d’une représentation graphique – et souvent codifiée – du métier qu’ils exerçaient. Ainsi, un joueur de violon faisait-il suivre sa signature du dessin d’un violon, ou un maître chapelier esquissait-il un chapeau. Certaines de ces représentations sont fort abouties, et témoignent même d’un réel sens artistique.

Ces marques professionnelles semblent avoir connu leur essor aux XVIe et XVIIe siècles. En effet, on en rencontre de nombreux exemples dans les archives notariales entre 1550 et 1650, ainsi que dans les registres paroissiaux, les archives judiciaires, etc. Mais il faut noter qu’antérieurement à cette période, les particuliers apposaient assez rarement leur signature ou leur marque au bas des actes, le curé, le notaire ou l’homme de loi qui rédigeait l’acte se portant seul garant de leur présence. Au XVIIIe siècle, les marques professionnelles se font beaucoup plus rares, sans doute en raison de l’élévation du niveau d’alphabétisation ou, peut-être, par peur d’être assimilé à un illettré ?

Certaines de ces marques étaient très codifiées. Les boulangers dessinaient classiquement une pelle à enfourner, les serruriers une clé, les maçons une équerre ou un fil à plomb, les potiers un pot, les tailleurs d’habit une paire de ciseaux, les maréchaux-ferrants un fer à cheval, etc.

À titre d’exemple, j’ai reproduit ci-dessus quelques-unes des marques professionnelles les plus significatives parmi toutes celles que j’ai rencontrées dans les archives notariales de Meaux (Seine-et-Marne), aux XVIe et XVIIe siècles.

Bien représentées dans tous les types d’archives et dans toutes les régions, ces marques professionnelles mériteraient assurément une étude typologique approfondie.

Jean-François Viel

[ Modified: Tuesday, 29 May 2018, 10:33 AM ]